Artiste-peintre à l'orée de la gloire, Daniel Mermet séjourne dans les environs de Barcelone. Un soir, en rentrant à son hôtel, il renverse une jeune femme. Qui est-elle? Mystère... S'est-elle volontairement jetée sous ses roues? Mystère encore... En tout cas, l'inconnue est ravissante... Perplexe, Daniel la recueille, s'en éprend et tout naturellement cherche à mieux la connaître... Hélas, à part son prénom: Marianne, la jeune femme ne peut rien lui apprendre, et pour cause: le choc de l'accident l'a rendue amnésique... A cela ne tienne! S'improvisant détective, Daniel décide d'enquêter lui-même sur le passé de cette énigmatique créature... Inutile de dire que de sacrées surprises l'attendent au tournant...
Ecrit en 1956, couronné en 1957 par le Grand Prix de Littérature Policière, ce roman -pourquoi lésiner sur les éloges?- est une pure merveille! C'est d'abord une merveille de style. Vu qu'il est signé Dard, vous me direz que ce n'est pas étonnant et vous aurez parfaitement raison mais qu'importe, j'ai toujours plaisir à souligner la qualité d'une écriture et celle de ce cher Frédo est vraiment de toute beauté, on ne le répétera jamais assez. Ensuite, ce polar est tout bonnement une merveille de construction narrative. Mené à la première personne, le récit vous accroche dès la phrase d'ouverture -absolument admirable!- et vous tient fermement par la main jusqu'au dernier mot, égrenant en route ses rebondissements avec une science à la fois consommée et parfaitement invisible. Ce qui est, comme chacun sait, le comble du talent!
Par moments, on sent là-dedans l'influence de James Hadley Chase, voire celle de James Cain, mais Dard a sa propre manière, sa propre voix, sa petite musique à lui, une capacité à faire surgir de ses personnages une poésie inattendue, une grâce fulgurante, qui le singularisent et qui font de lui, à mon avis, un auteur de polar véritablement singulier et supérieur. On peut le lire pour son style et, accessoirement, apprécier la qualité de ses intrigues. On peut le lire pour ses intrigues et, accessoirement, apprécier la qualité de son style. Moi, j'apprécie les deux à parts égales!
Voilà en tous les cas un roman poignant qui se déguste d'une traite et qu'à peine fini on se dépêche de prêter à un ami pour qu'il en retire autant de plaisir que vous...