Anne, une femme d'une quarantaine d'années, décide un jour de partir retrouver un ancien amant, Gyl, au fin fond de la Russie post-soviétique. Son long voyage dans le transsibérien constitue le cadre temporel et géographique d'une aventure intime dans un pays fantasmé, à bout de souffle et pourtant toujours au bord de la renaissance. Les retrouvailles entre Gyl et Anne se feront-elles dans les circonstances prévues ? En France, Anne a laissé derrière elle une vieille femme, sa voisine, Clémence Barrot, à qui elle avait pris l'habitude de faire la lecture plusieurs après-midi par semaine. Coincée dans son wagon, sans autre activité que de regarder le paysage défiler devant ses yeux, Anne repense à ses conversations avec Clémence, sur des femmes libres et révoltées telles que la Bretonne Marion du Faouët, la révolutionnaire Olympe de Gouges, auteur de La déclaration des droits de la femme, ou la journaliste tchèque Milena Jesenská qui fut la première traductrice en tchèque de Kafka avec qui elle eut une liaison passionnelle, lui inspirant ses Lettres à Milena. Entre les deux femmes qui appartiennent à deux générations différentes, la complicité s'avère profonde. Vue de loin, Anne se rend compte des liens tissés. Le voyage, traversé d'images nostalgiques et mélancoliques, est un temps de réflexion nécessaire pour la narratrice. Qu'a représenté exactement Gyl pour elle ? Ils se sont connus, il y a plus de vingt ans, croyaient alors à un monde meilleur, à la force des idéologies et de la révolution et avaient failli avoir un enfant. Que représente-t-il aujourd'hui ? Le refus d'abdiquer quand elle-même a accepté les changements et les renoncements de son époque ?
Roman du temps suspendu, récit du souvenir, des regrets mais jamais du remord, Le canapé rouge est un livre doux qui creuse son sillon sans faire de bruit. Sa trace n'en est pas moins profonde. L'écriture de Michèle Lesbre est limpide, lyrique parfois, lumineuse à la manière d'un tableau de Turner, où les ciels, traversés d'éclairs, se confondent avec la mer, entrecoupés de nuages, et de reflets argentés. Derrière la mélancolie d'un ciel, on devine le soleil. Derrière le canapé rouge, se cache la photo d'une jeune fille amoureuse sous l'occupation, insouciante malgré la guerre, accrochée à son aimé. Anne comprend qu'elle partage avec Clémence son désir des hommes et que celui-ci constitue une fidélité à la vie, malgré les amours ratés et les rêves non exaucés. Au bout de son voyage, Anne n'a pas changé, mais elle se comprend mieux, lavée de ses doutes, expurgée de sa culpabilité et réconciliée avec son passé. Elle n'a pas fait la révolution, et alors ? La quête est parfois elle-même le graal, la poursuite du bonheur un début de plénitude et la recherche du bien commun, une bataille digne de respect. Même sans savoir qui la remportera.