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Si la France s'est en partie alignée sur ce capitalisme anglo-saxon financé par les marchés, elle n'a pas suscité la création de zinzins nationaux capables d'assurer l'indépendance de ses entreprises dont près de 40 % du capital appartient aux veuves écossaises et aux retraités américains. Dénonçant ce "capitalisme sans capital", l'auteur en appelle à la mise en place de fonds de pensions français. Fourmillant d'exemples, écrit d'une plume alerte, ce livre nous plonge au coeur du monde de la grande entreprise et de la finance. --Gery Dumoulin
L'Expansion
La politique avait le sien depuis une dizaine d'années, il n'était que justice que l'économie fût à son tour consacrée avec la création d'un prix du Livre d'économie, décerné par un jury regroupant une quinzaine de journalistes et présidé par Marc Ladreit de Lacharrière, de Fimalac. A l'issue des premières délibérations, trois auteurs restent en lice.
Deux de ces auteurs ont choisi le même thème : la spectaculaire transformation du capitalisme français sous la pression croissante du pouvoir de l'actionnaire. Insupportable dictature des marchés ou normalisation qui prélude à une longue croissance ? Erik Izraelewicz renvoie dos à dos les belligérants de ce combat qui domine le débat économique en France. Oui, cette révolution oeuvre pour la transparence et l'innovation, et elle permet l'émergence d'une nouvelle génération d'entrepreneurs. Mais gare à la " vassalisation " qui nous soumettrait à l'actionnaire américain : l'Europe doit mobiliser son capital et créer ses propres fonds de pension.
L'économie est aussi - et peut-être surtout - une entreprise humaine, où destins et volontés affrontent les puissantes logiques à l'oeuvre. Philippe Manière prend donc le parti de raconter en détail plusieurs affaires récentes où s'est illustré le pouvoir de l'actionnaire (BNP-SG, Alcatel, Michelin...). Ces fragments d'histoire, recomposés de façon plaisante et brillante, témoignent d'un monde où l'épargnant est en passe de réussir ce que le salarié n'a jamais obtenu, sinon au prix de l'aliénante dictature du prolétariat : devenir le maître du maître, c'est-à-dire le patron du patron. Une ruse de la Raison qui fait triompher Marx là où on ne l'attendait pas, à la Bourse. Une enquête bien menée. Un livre original et éclairant.
Georges Valance, de son côté, scrute en fin connaisseur les mutations de la société et du capitalisme allemands. --François Lenglet--
La Vie Financière
Fou, le capitalisme français ? L'auteur, rédacteur en chef au Monde, ne pensait sans doute pas si bien poser le problème, alors que la Bourse de Paris devient la première d'Europe continentale et que les Américains commencent à se demander si les trente-cinq heures de travail hebdomadaire ne vont pas semer le germe d'une révolution économique mondiale.
En visionnaire, Erik Izraelewicz explore " l'exception française " qui, pour une fois, réussit là où on ne l'attendait pas : sur le terrain de l'argent et de la finance, multipliant les coups de Bourse, les guerres des banques, les fusions dans le pétrole et se payant même le culot, avec Michelin, de faire un plan de licenciement massif alors que l'entreprise est bénéficiaire. Oncle Sam en est encore baba ! Mais il aime ça et se rue sur les entreprises françaises, achetant en Bourse des actions à tout va.
L'auteur nous raconte, comme dans un roman, cette folie de l'argent qui tombe sur la France, comme une tornade pas toujours blanche. Et qui, après avoir séduit le capitalisme international, devient l'engouement des salariés des entreprises françaises, " les nouveaux héros ", comme il les appelle, qui n'ont qu'une idée : prendre l'oseille et se taire. A lire sans attendre. --Gérard Négréanu--
L'Entreprise
Qui a dit que la France n'était pas assez ouverte sur le monde ? Toutes les grandes entreprises françaises, ou presque, sont aujourd'hui détenues à hauteur de 50 % par des actionnaires étrangers. Dans Le Capitalisme zinzin, qui vient de remporter la première édition du prix du Livre d'économie, le journaliste Eric Izraelewicz, rédacteur en chef au quotidien Le Monde, nous explique comment nous sommes devenus le pays développé le plus dépendant de ces investisseurs institutionnels (les " zinzins " dans le jargon des financiers), qui gèrent les dépôts de millions de petits épargnants américains ou écossais.
Notre pays s'est lancé dans un grand écart dangereux, explique l'auteur. D'un côté, nous sommes passés d'un capitalisme d'Etat à un capitalisme de marché où la Bourse devient toute-puissante. Mais, de l'autre, la gourmandise de l'Etat (qui est contraint de financer sa dette) et l'absence de fonds de pension (auxquels nous préférons la retraite par répartition) limitent notre capacité d'investissement. C'est ainsi que nous sommes devenus, selon l'heureuse formule d'Eric Izraelewicz, une " nation prolétaire " soumise au bon vouloir des " nations propriétaires " disposant d'un capital conséquent. Est--il possible de limiter cette dépendance dangereuse sans renoncer à notre système de protection sociale auquel les Français sont très fortement attachés ? Et de convaincre ces derniers d'orienter une part plus importante de leur épargne vers la Bourse ?
Pour sortir de ce mauvais pas, l'auteur souhaite l'émergence d'un nouveau capitalisme à l'échelle européenne. Un voeu qui peut sembler irréaliste, mais qui n'enlève rien à la pertinence du diagnostic. --Guillaume Roquette--