Doris Lessing explique dans sa préface qu'elle a voulu réaliser une œuvre qui décrit son époque comme le font les grands romans du XIXème siècle. Dans ce sens elle a totalement réussi.
En dehors des sujets sociaux et politiques de l'après-guerre qui sont abordés avec lucidité et discernement, ce roman dissèque les relations entre sexes dans l'occident moderne et reste tellement d'actualité, 50 ans après...
« Le carnet d'or », paru en 1962, est un roman partiellement autobiographique à la structure complexe et éclatée.
Anna Wulf, romancière d'une trentaine d'années, vit seule avec sa fille de 11 ans, dans le Londres de la fin des années 50.
Au travers de scènes de sa vie quotidienne associées à la découverte des carnets de couleur ou elle consigne souvenirs, doutes existentiels, anecdotes et projets de romans, nous allons connaître la vie affective et sociale d'Anna, sa soif de liberté et son mal-être.
Anna a vécu une partie de sa jeunesse en Afrique Australe au début des années 40. Elle y a fréquenté une jeunesse bourgeoise de gauche sur fond de colonialisme raciste.
Cette partie de sa vie a inspiré son unique roman « Frontières de guerre » qui a connu le succès et lui permet de vivre de ses droits d'auteur.
Elle a été communiste et décrit son idéalisme et ses désillusions, prise au piège entre les crimes staliniens et le maccarthysme.
Sa meilleure amie est Molly, actrice qui elle aussi vit seule avec son fils Tommy, 20 ans.
Richard, l'ex-mari de Molly, est un brillant homme d'affaires de la City...
Sur un rythme lent à la progression inégale, les thèmes développés sont incroyablement variés : le racisme, la nostalgie de la jeunesse, les désillusions, l'engagement politique, les conventions sociales et leur transgression, l'amour, la jalousie, l'argent, le couple, la sexualité, l'indépendance de la femme, la solitude, la liberté, l'éducation des enfants, les difficultés de la création artistique, l'intégrité de l'artiste, la dépression, la folie.
Mais tout tourne autour du besoin d'amour et de la recherche du bonheur pour hélas constater que la liberté, l'amitié, l'engagement politique et les passades amoureuses ne suffisent pas pour donner un sens à la vie.
Pour synthétiser, ce roman est la description compartimentée de la vie d'une femme artiste en terme d'amour, de position sociale, de conscience politique. Sa richesse et sa pertinence expliquent qu'il ait été un livre « culte » dans les années 70, tout comme l'obtention du prix Nobel à Doris Lessing.
Mais « Le carnet d'or » est d'une lecture exigeante, avec un style parfois hermétique et d'une fluidité inégale qui met à mal le plaisir du lecteur et son envie. Pour en venir à bout, j'ai lu en parallèle d'autres romans plus accessibles, sinon j'aurai abandonné.
Certes, avec le temps on s'habitue, on prend plaisir à retrouver Anna et ses états d'âme, comme une bonne copine. Mais que c'est long... Les 200 dernières pages, où une Anna en pleine dépression décortique sa relation avec deux hommes tous aussi déboussolés qu'elle, ont été pour moi un calvaire.
Dommage qu'un aussi grand livre soit si difficile à aborder.
A lire en s'armant d'une patience qui en vaut cependant la peine.