Il y a des vies que l'on subit, s'imposant comme inéluctables avec tout un lot de vexations, des petites mesquineries dont on s'accommode par manque d'impudence : une petite lâcheté de plus au compte de la passivité' Tant bien que vaille, nombreuses sont les personnes pouvant se retrouver dans ce triste tableau, un peu cynique, mais réaliste. Paul Sneijder n'échappe pas à cette règle impitoyable de la mauvaise routine du couple, de l'emploi non satisfaisant, d'une vie qui tourne en rond, des rêves utopiques que l'on regarde partir les bras ballants' Puis, survient l'accident de parcours, cet accroc sans qui rien ne peut survenir, celui qui donne envie de savoir, de comprendre en donnant la force de se regarder dans une glace : triste spectacle pour le nouveau clairvoyant ! Paul s'imagine alors une vie de recherche documentaire et plonge dans l'étude des ascenseurs, change de métier pour devenir Dogwalker (promeneur de chiens). Une situation qui effraie son épouse et ses fils, une faute de goût envers l'ascension sociale, le standing des cadres à haut potentiel' : de la réussite personnelle au reniement de soi-même il y a une faille immense !
Ce roman d'un humour fou, presque à outrance, épingle le couple s'usant et la situation adultérine, les enfants qui s'envolent sur un destin imprévu, la force d'aimer ce qui vous fuie malgré vous. L'auteur utilise le JE ' plaçant le lecteur devant ses propres faiblesses ' pour décortiquer le malaise de l'homme face à la fougue de certaines amazones. Il met le doigt où, souvent, le mâle se renie au profit d'un confort bancal et factice, mais bien connu. Enfin, il montre au lecteur qu'il est des formes de proximité, d'amour filial bien discutables, mais ô combien réconfortantes pour un c½ur déchiré.