Paris sous l'Occupation. Charles Michaud, brave homme trop intelligent et trop moral pour son époque, travaille dans la gestion de biens. Son fils Antoine se livre au marché noir en compagnie de son ami Paul Tiercelin et entretient une liaison avec une jeune poule dont le mari est prisonnier en Allemagne. Quand le jeune Michaud fait semblant de partir une semaine en Bourgogne pour vivre pleinement avec sa dulcinée, le père Tiercelin, tenancier d'un café-restaurant où se cotoient demi-mondaines, profiteurs et officiers allemands, le couvre. Il jette même dans les bras de M. Michaud, Olga, une fille facile... Ecrit en 1946, ce roman sent, comme
Uranus qui lui est postérieur, un peu le soufre. Car c'est une vie somme toute ordinaire que vivent nos protagonistes et parce que des notes de bas de page ambigues nous présentent le devenir des personnages entre le moment de l'action et la libération - et les victimes sont à peu près également réparties entre déportés et assassinés par les nazis d'une part et victimes de l'épuration et des bombes alliées d'autre part. Et c'est bien le message d'Aymé qui condamne avec équanimité communistes et collabos, en se souciant davantage des soucis moraux et sentimentaux de ses protagonistes que de la présence d'uniformes allemands dans les rues de Paris. Tout le roman, comme d'habitude admirablement composé et brillamment écrit, porte la marque de l'aimable désinvolture et du perpétuel détachement avec lesquels Aymé observe au microscope les faiblesses de caractère de ses contemporains.
Le roman a fait l'objet d'une adaptation au cinéma par Michel Boisrond, sur des dialogues allègres d'Aurenche et Bost et avec une distribution éblouissante : dans le duo de père/fils, Bourvil et Delon pour les Michaud, Ventura et Brialy pour les Tiercelin, et dans le rôle des filles de joie Françoise Arnoul (Odette) et Sandra Milo (Olga).