Un premier roman magistral, incontournable, un petit bijou de la littérature espagnole, voire de la littérature tout court, des romans comme on voudrait en lire plus souvent et qui deviennent si rares qu'on les conserve près de soi comme des joyaux précieux. Carole Martinez nous livre ici une lignée de femme qui se transmet une boîte de mère à fille, de générations en générations, une boîte dont chacune d'entre elle tire un secret unique, un don, une boîte qui tient les c½urs ensemble, des bobines de fils qui cousent les c½urs, mais à quel prix... et comment démêler le fil ? Un livre où se mélange poésie, conte, dans un pays qui est l'Andalousie, une longue dérive de l'Espagne à la Médina...
En tant que lectrice insatiable, j'ai trouvé ici une totale satisfaction, on ne ressort pas de ce livre, il nous laisse des marques, il nous poursuit, il continue de vivre, vibre et résonne en nous. On a traversé tant de pays, de vies, de siècles, on a foulé tant de terres sous nos pieds, habité tant de corps. Et de ce roman, on revient le corps peuplé de tous ces personnages, de toutes ces femmes et les pieds meurtris, abîmés, le souffle court, haletant, d'un long et éprouvant voyage. La lecture de ce livre ne fait pas que traverser nos corps, elle s'y inscrit.
Comment peut-on démêler le fil quand on a une mère couturière, douée d'un incroyable don, presque magicienne, qui ne sait faire qu'une chose, coudre ou bien recoudre les hommes et les femmes entre eux, mais par-là aussi, coudre les enfants et les génération à venir, comment peut-on vivre alors ? Quand sa propre vie n'est finalement autre que l'histoire de sa propre mère racontée perpétuellement et inlassablement par une s½ur dont le talent est d'être conteuse, et qui nous dit l'histoire de cette femme, de cette mère couturière... qui "tient" les gens entre eux, les emprisonne : les hommes, les femmes, les enfants.
Magnifique.