On retrouve la même tonalité dans ce livre que dans le premier tome des "Chroniques de l'asphalte" puisque le narrateur est aussi un jeune garçon de banlieue qui raconte sa vie, le collège, l'immeuble, les copains. Le style est donc celui d'un gamin, en beaucoup plus poli, bien sûr. On se fait à ce style-là, très oral, qui suit par de multiples digressions l'imagination galopante de ce gosse de dix ans.
Du coup, on a affaire à une sorte de petit Nicolas de banlieue. Sauf que le petit Nicolas avait des parents et que Charly ne vit qu'avec sa mère, et parfois son frère. Tout commence quand la police vient arrêter sa Mère pour l'emmener il ne sait où. Il va parcourir la cité à la recherche de son frère qui doit traîner quelque part avec les autres junkies de son espèce.
Plusieurs choses sonnent faux dans ce roman. D'abord, Charly Traoré est noir et ça, jamais il n'en est question dans le livre, sauf une fois pour dire que les Noirs ne préfèrent pas l'été à l'hiver... Ce petit Black a bien de la chance, jamais il ne semble en but au racisme, ni à l'école, ni dans la cité, ni ailleurs. Ce qui m'étonne tout de même... Ensuite, ce gosse est l'enfant dont on rêve tous : il bosse à l'école, il est poli avec les vieux, il adore sa mère. Il a lu "Le Petit prince" et "L'Ile au trésor", apprécie l'oeuvre de Picasso et pique "Une saison en enfer" à la bibliothèque. Il ne passe pas son temps devant la télé, ni devant Internet. Ce gosse-là, je veux le rencontrer.
On va comprendre que sa mère a été arrêtée par la police parce qu'elle n'a pas de papiers. Elle est employée au noir depuis quinze ans par des gens âgés, ce qui lui permet quand même de faire les magasins pour s'acheter un canapé, d'emmener son fils au cinéma et au restaurant tous les samedis soirs. Ils n'ont pas l'air du tout d'être dans la gêne financièrement, ce qui est tant mieux pour eux mais difficilement crédible à mes yeux.
Même si les tours sont moches, si les seringues jonchent le pavé et que les sans-papiers sont arrêtés, cette histoire tient plus du conte que de la réalité. Il est gentil ce gosse qui aime tant sa Mère si dévouée, mais le livre est un peu décevant. Quand je lis ici et là que ce livre est un témoignage de la vie dans les cités, je me dis que ces lecteurs-là devraient aller y faire un tour... D'après Benchetrit, il y a autant de violence et de meurtres dans le 16e arrondissement parisien qu'en banlieue... ah bon...