Une nouvelle plongée dans l'univers certes un peu dépressif, mais au regard d'une acuité si douloureusement juste d'Olivier Adam
Il y a des auteurs dont j'ai du mal à me détacher. Depuis le choc, un samedi après-midi, il y a une petite dizaine d'années, de "Je vais bien ne t'en fais pas",je replonge, à chaque sortie, avec fièvre et curiosité dans le monde si particulier d'Olivier Adam.
Et cette fois encore je n'ai pas été déçue.... Comment expliquer cet envoûtement?
Une femme perd pied, suite à la mort de son frère, et suit ses traces dans un village de bord de mer au Japon.
Le regard de la jeune femme se décale petit à petit, de son frère elle en arrive à scruter sa propre vie, avec tout d'abord intransigeance, cruauté, et aussi un peu de mauvaise foi... Manquant de se perdre, elle s'accroche aux personnes rencontrées dans ce village japonais.. Elle va progressivement retrouver des traces de ce frère, peut-être finalement méconnu d'elle, alors qu'elle se croyait si proche de lui. Au final, c'est peut-être une partie d'elle-même qu'elle va retrouver, et sûrement mieux accepter. .
Il y a tout d'abord le style magnifique d'Olivier Adam. Des phrases au rythme apparemment simple, lent, et musical, qui sait décrire si justement le quotidien, ses sons et ses couleurs.
La musique familière s'est ici renouvelée, elle a trouvé un nouveau souffle, dans un univers peut-être plus ample : une ampleur géographique, puisqu'une grande partie de l'intrigue se déroule au Japon, mais aussi une ampleur de vue, qui parvient à dépasser la simple relation au sein de ce binôme frère-soeur un peu symbiotique (et déjà présent dans une partie de l'oeuvre d'Olivier Adam), pour explorer, avec un regard sans concession, à la cruauté parfois démesurée, d'autres volets de la vie moderne : le monde de l'emploi et les relations au travail, les enfants qui grandissent, se détachent et parfois nous manquent, une observation de la jeunesse dorée, chanceuse et intégrée ...
Il y aussi des évocations éminemment précises de la solitude parfois ressentie dans notre monde moderne. Ces moments où l'on voudrait que quelqu'un s'occupe de nous, nous choie, nous prenne dans ses bras."La vie est dure et certaines personnes, à certains moments de leur parcours, ont besoin qu'on s'occupe d'elles."
Vous découvrirez alors Natsume, un personnage magnifique, qui sauve des vies (mais je n'en dis pas plus).
La beauté de ce livre, c'est que, même si la musique lancinante d'Olivier Adam semble produire les mêmes sons, elle nous porte progressivement loin d'où on pensait arriver.
A peut-être juste éviter si l'on n'est pas dans une trop bonne phase de sa vie....