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Commentaires client les plus utiles
15 internautes sur 17 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
qu'est-ce que la gauche ?,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Michéa est surtout connu pour sa critique du libéralisme, ce qui lui a valu de passer pour un gauchiste auprès de certains lecteurs. Dans ce livre il critique plus spécifiquement la gauche, ce qui peut être déconcertant. Mais il ne s'agit pas de provocation de sa part. Son discours est cohérent, argumenté et documenté (en particulier du point de vue historique).Il avait déjà dit dans ses précédents ouvrages que le libéralisme crée une confusion et une illusion particulière à la gauche. Pour l'expliquer, il revient ici sur ce qu'a été historiquement la gauche. D'abord, au XIXe siècle, un mouvement politique libéral et républicain qui n'avait rien à voir avec les différentes formes de socialisme (en un sens assez large, englobant le marxisme ou l'anarchisme) et les mouvements ouvriers, les deux camps étant même opposés (par exemple au moment de la Commune). Puis s'est formé une alliance de circonstance (que Michéa situe à la fin de l'affaire Dreyfus) qui a créé une confusion entre les deux pendant tout le XXe siècle. Aujourd'hui, bien que la gauche parlementaire ait totalement renoncé au socialisme, la confusion existe encore dans les termes (on emploie souvent l'un pour l'autre). Michéa explique entre autres ce qu'il y a d'incohérent à se prétendre à la fois de gauche et anticapitaliste (idée qui peut sembler très curieuse mais dont peut chaque jour vérifier la pertinence), et comment la droite exploite hypocritement cette incohérence à des fins électorales. Le livre revient aussi (en l'approfondissant) sur la critique du libéralisme en général. L'écriture arborescente de Michéa peut déranger, mais elle est peut-être nécessaire pour permettre une analyse exhaustive. En tout cas, la lecture de l'oeuvre de Michéa est extrêmement utile pour comprendre le monde d'aujourd'hui. Comme son propos échappe aux grilles de lectures habituelles, le risque de malentendus est grand. Ne pas hésiter à lire ses précédents livres (par exemple « l'empire du moindre mal ») pour les dissiper. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
"Mon point de départ est toujours une injustice", George Orwell,
Par Latour07 (Paris, France) - Voir tous mes commentaires (#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR) (TOP 500 COMMENTATEURS) (TESTEURS)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Orphée, le prince des poètes, nous précise la mythologie grecque, eut le privilège de rechercher son amour dans l'Hadès, à la seule condition qu'au moment de sortir, il ne devait se retourner. Contrevenant à l'instruction des dieux, Orphée vit disparaître à tout jamais celle qu'il chérissait. Deux fondements mentaux président l'univers de la gauche libérale : le sens de l'histoire qui par nécessité va de la droite à la gauche en passant par le centre, et l'impérieux besoin de "vivre avec son temps". La conjonction des deux se traduit non seulement par un rejet du passé, mais par la haine de celui-ci. Il devient vital pour l'homme de gauche d'échapper à un passé psychologiquement insupportable. Affirmer par exemple que du passé, des valeurs peuvent être retrouvées, affirmées, revient à être un réactionnaire. Est-il réactionnaire le fondateur du socialisme, Pierre Leroux, quand en 1845, il écrit si justement :"(...) Loin d'être indépendant de toute société et de toute tradition, l'homme prend sa vie dans la tradition et la société. Il ne vit que parce qu'il a foi dans un certain présent et dans un certain passé." (cité par Jean-Claude Michéa, p.48-49) La réponse s'impose d'elle-même : accepter le passé, le comprendre, l'assimiler, en retirer des leçons (de l'Histoire), refuser une vision linéaire, déterministe, de l'Histoire tendue vers un sens (ésotérique : qui connaît la finalité de l'Histoire ? en dehors de quelques gourous d'une nouvelle cabale philosophique ...) abscons n'est évidemment pas être réactionnaire. Jean-Claude Michéa, avec son style incisif, surprend le lecteur, cherchant en lui la saine réaction, philosophique, du questionnement de son propre substrat de pensée coutumier, dont l'habitude l'a fait oublier, conduisant machinalement, par aliénation, des réponses insensées, échappant à l'ordre de la pensée. Lire Jean-Claude Michéa, c'est assumer le principe de se faire piquer à la manière du taon de Socrate, en vue de gagner en liberté de penser. Michéa loue la sagesse de George Orwell, le célèbre auteur de 1984 et de La Ferme des Animaux, au travers de la "common decency" qui est "la réappropriation moderne de l'esprit traditionnel du don" (p.90 : "Parler, comme le fait Orwell, d'un fondement moral du socialisme (ce qui - précisait-il- 'suscite immanquablement le ricanement sarcastique de quiconque a des prétentions intellectuelles') n'a donc jamais voulu dire que la bonne volonté des gens ordinaires pouvait suffire, à elle seule, à régler tous les problèmes d'une société décente. C'était seulement rappeler, d'une part, que les fins du socialisme se propose de réaliser trouvent toujours leur motivation première dans l'expérience morale de ces gens ordinaires (et non pas dans un savoir de type universitaire - fut-il celui du 'matérialisme historique'). Et de l'autre, que ces fins étant posées, elles ne sauraient en aucun cas légitimer - au nom d'un quelconque 'réalisme politique' - l'usage de moyens notoirement immoraux tels que 'les bombardements massifs de populations civiles, la prise d'otages, le recours à la torture pour arracher des aveux, les séquestrations, les exécutions sommaires, les matraquages, les noyades d'opposants dans les fosses à purin, la falsification systématique des dossiers et des statistiques, la trahison, la corruption et la collaboration avec l'occupant' - Orwell, "Raffles and Mrs Blandish-" p.99. Poser en soi l'existence de valeurs, d'une tradition, penser que l'être venant à la vie est plus débiteur de la société que son créancier, qu'il trouve dans la civilisation incomparablement plus qu'il n'y apporte - toutes ces composantes de la "common decency" sont rejetées par cette gauche affectée, dans son rejet du passé, dans sa continuelle nécessité de bouger (confondant le sens de "progresser" avec celui du nomadisme perpétuel), affichant ainsi sa marque idéologique libérale. L'amoralisme de principe des élites capitalistes trouve donc une légitimation par ceux qui rejettent l'idée même de "common decency". L'impératif de mobilité continuelle des capitaux, des marchandises, des hommes (mesure phare du projet de TCE rejeté par la France et adopté par leurs politiques, démophobes, dans le Traité de Lisbonne) a répondu à ce "nomadisme intégral" de la gauche libérale, qu'elle a donc soutenu activement. Cette "gauche kérosène" dont le phare est Jacques Attali (toujours dans un avion ou dans un aéroport), sans sol, milite pour ce type de société aux aspects suivants : "Dans la pratique, un monde régi par le mouvement brownien des individus atomisés serait donc, sauf pour quelques minorités privilégiées (comme par exemple, les hommes d'affaires, les artistes du showbiz ou l'élite universitaire), un monde où prédomineraient nécessairement les emplois précaires, les junk jobs et les contrats à durée déterminée. Une simple variante appauvrie, en somme, de celui dans lequel nous vivons déjà." (p.145). Or "l'atomisation des individus constitue le principe et la fin d'une société libérale" (p.295) Cette société sape les bases même de la démocratie parce que l'idée, exposée par Abraham Lincoln ("s'il est toujours possible de tromper quelqu'un tout le temps (..) ou tout le monde quelque temps, il est impossible de 'tromper tout le monde tout le temps'). "Le fondement logique de cette conviction optimiste - qui légitime le recours au suffrage universel - c'est l'idée qu'avec le temps une communauté donnée finit toujours par accumuler une expérience collective suffisante des hommes et des choses qu'elle devient ainsi progressivement capable de juger lucidement ceux qui briguent ses suffrages. Un tel raisonnement repose cependant sur un postulat implicite. Celui que le noyau dur d'une telle communauté conserve au fil du temps (l'expérience pouvant, bien sûr, se transmettre de génération en génération) un minimum de stabilité. Dans l'hypothèse, au contraire, où la logique du turn-over permanent deviendrait, pour une raison ou une autre, la loi d'existence de cette communauté (...) il est clair que la constitution d'une expérience politique commune deviendrait rapidement problématique et que les possibilités de 'tromper tout le monde tout le temps' en seraient accrues d'autant (le fait que, dans bien des agglomérations modernes, des politiciens cyniques ou corrompus se voient indéfiniment réélus le prouve déjà suffisamment). L'idée d'une société libérale-deleuzienne reposant sur le nomadisme généralisé (...) semble donc difficilement compatible avec celle d'un véritable 'gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple'" - p.145-146 Mais d'où viennent ces racines libérales de la gauche actuelle ? Jean-Claude Michéa les retrace à la fin du 19° siècle, quand le socialisme a été fusionné avec ceux qui occupaient les places de la gauche, à l'Assemblée, et qui n'étaient autres que les libéraux (cf. la nécessaire lecture de l'Histoire de la Restauration) tels que Guizot, Thiers, "qu'on allait bientôt appeler les républicains de progrès" -p.171 - Charles Péguy dénoncera cette mutation définitive du socialisme avec des propos jamais démentis dans L'Argent. "Le fondement philosophique de ce rapprochement pour le moins surprenant (surtout après les journées de juin 1848 et l'écrasement de la Commune) était l'idée - qui constitue malheureusement le grand point faible de la théorie marxiste- selon laquelle il était non seulement nécessaire d'en finir au plus vite avec toutes les structures de l'Ancien Régime (...), mais que - conformément à la 'théorie des stades' - l'essor du capitalisme industriel représenterait, de toute façon, un immense progrès historique puisqu'il allait permettre de mettre en place (tout en libérant 'les forces productives' et en favorisant les progrès de l'esprit scientifique) la future 'base matérielle du socialisme'. Dans cette distribution des cartes entièrement inédite, les organisations socialistes officielles étaient donc invitées à s'intégrer enfin au jeu politique défini sous la Restauration (malgré les réticences de nombreux anarchistes et de la grande majorité d'un mouvement syndical encore... 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19 internautes sur 24 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Michéesque,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Broché)
Michéa n'a pas abandonné ses mauvaises habitudes : une lecture en spirale quelque peu décourageante (on se retrouve à lire le petit c du point 8 de la scolie H du chapitre 4), une manie agaçante de distribuer les bons et les mauvais points à tout bout de champ, et une répétition un peu gonflante de ses ironisations sur la "gauche libérale".Néanmoins, pour la pertinence et la quasi-exhaustivité de ses analyses, je ne cesserai de recommander chaudement les essais de Michéa, qui, l'un après l'autre, ne font que confirmer les thèses du précédent par l'expérience quotidienne de la bêtise ambiante de nos médias et de nos universitaires bien-pensants. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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