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Le complexe d'Orphée : La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès [Broché]

Jean-Claude Michéa
4.5 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (8 commentaires client)
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Descriptions du produit

Présentation de l'éditeur

Semblable au pauvre Orphée, le nouvel Adam libéral est condamné à gravir le sentier escarpé du "Progrès" sans jamais pouvoir s'autoriser le moindre regard en arrière. Voudrait-il enfreindre ce tabou - "c'était mieux avant" - qu'il se verrait automatiquement relégué au rang de Beauf, d'extrémiste, de réactionnaire, tant les valeurs des gens ordinaires sont condamnées à n'être plus que l'expression d'un impardonnable "populisme". C'est que Gauche et Droite ont rallié le mythe originel de la pensée capitaliste : cette anthropologie noire qui fait de l'homme un égoïste par nature. La première tient tout jugement moral pour une discrimination potentielle, la seconde pour l'expression d'une préférence strictement privée. Fort de cette impossible limite, le capitalisme prospère, faisant spectacle des critiques censées le remettre en cause. Comment s'est opérée cette, double césure morale et politique ? Comment la gauche a-t-elle abandonné l'ambition d'une société décente qui était celle des premiers socialistes ? En un mot, comment le loup libéral est-il entré dans la bergerie socialiste ? Voici quelques-unes des questions qu'explore Jean-Claude Michéa dans cet essai scintillant, nourri d'histoire, d'anthropologie et de philosophie.

Biographie de l'auteur

Jean-Claude Michéa est l'auteur de nombreux ouvrages, tous publiés aux éditions Climats, parmi lesquels : L'Enseignement de l'ignorance (1999), Impasse Adam Smith (2002, Champs-Flammarion, 2006), L'Empire du moindre mal (2007) et Orwell, anarchiste tory(4e édition, 2008). La double pensée, recueil inédit d'interventions, a paru en 2008 dans la collection Champs-Flammarion.

Détails sur le produit

  • Broché: 357 pages
  • Editeur : Climats (5 octobre 2011)
  • Collection : CLIMATS NON FIC
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2081260476
  • ISBN-13: 978-2081260474
  • Dimensions du produit: 21 x 13,6 x 2,8 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.5 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (8 commentaires client)
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Commentaires en ligne 

4.5 étoiles sur 5
4.5 étoiles sur 5
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27 internautes sur 30 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 qu'est-ce que la gauche ? 28 octobre 2011
Par NgLmb TOP 1000 COMMENTATEURS
Format:Broché
Michéa est surtout connu pour sa critique du libéralisme, ce qui lui a valu de passer pour un gauchiste auprès de certains lecteurs. Dans ce livre il critique plus spécifiquement la gauche, ce qui peut être déconcertant. Mais il ne s'agit pas de provocation de sa part. Son discours est cohérent, argumenté et documenté (en particulier du point de vue historique).

Il avait déjà dit dans ses précédents ouvrages que le libéralisme crée une confusion et une illusion particulière à la gauche. Pour l'expliquer, il revient ici sur ce qu'a été historiquement la gauche. D'abord, au XIXe siècle, un mouvement politique libéral et républicain qui n'avait rien à voir avec les différentes formes de socialisme (en un sens assez large, englobant le marxisme ou l'anarchisme) et les mouvements ouvriers, les deux camps étant même opposés (par exemple au moment de la Commune). Puis s'est formé une alliance de circonstance (que Michéa situe à la fin de l'affaire Dreyfus) qui a créé une confusion entre les deux pendant tout le XXe siècle. Aujourd'hui, bien que la gauche parlementaire ait totalement renoncé au socialisme, la confusion existe encore dans les termes (on emploie souvent l'un pour l'autre). Michéa explique entre autres ce qu'il y a d'incohérent à se prétendre à la fois de gauche et anticapitaliste (idée qui peut sembler très curieuse mais dont peut chaque jour vérifier la pertinence), et comment la droite exploite hypocritement cette incohérence à des fins électorales.

Le livre revient aussi (en l'approfondissant) sur la critique du libéralisme en général. L'écriture arborescente de Michéa peut déranger, mais elle est peut-être nécessaire pour permettre une analyse exhaustive. En tout cas, la lecture de l'oeuvre de Michéa est extrêmement utile pour comprendre le monde d'aujourd'hui. Comme son propos échappe aux grilles de lectures habituelles, le risque de malentendus est grand. Ne pas hésiter à lire ses précédents livres (par exemple « l'empire du moindre mal ») pour les dissiper.
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9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile 
Par Jean-paul Lacharme TOP 500 COMMENTATEURS VOIX VINE™
Format:Broché|Achat authentifié par Amazon
« Le complexe d'Orphée » reprend en les précisant les thèmes développés dans les précédents ouvrages de Michéa. Si l'on n'a pas encore découvert cet auteur, il me semble plus pertinent de commencer par « Impasse Adam Smith » ou bien « L'Empire du moindre mal ». Pour ceux qui le connaissent déjà, l'intérêt de l'ouvrage demeure intact. Nous avons ici une histoire détaillée de la cartographie idéologique actuelle. L'auteur rappelle que le monde politique du XIXe siècle était tri-polaire : les blancs ou parti de l'ordre défendant les valeurs de l'ancien régime, c'est à dire l'ancienne droite, les bleus ou parti du mouvement (les républicains, la gauche dominée par les figures d'Alexis de Tocqueville et de Benjamin Constant), et enfin les rouges (socialistes, anarcho-syndicalistes, ensuite marxistes) qu'on ne pouvait alors pas qualifier « de gauche » et qui refusaient d'ailleurs cette étiquette « bourgeoise ». Bleus et rouges se sont rapprochés à l'occasion de l'affaire Dreyfus puis l'histoire du communisme stalinien a brouillé les cartes. Les blancs ont peu à peu disparu entre la fin de la guerre et les années soixante dix. Les rouges se sont peu à peu dilués dans les bleus en devenant ce qu'on appelle l'extrême gauche. Les exigences populaires réellement socialistes sont passées définitivement à la trappe en 1983 ; elles seront par la suite taxées de populistes. Le débat politique actuel est maintenant confiné à l'intérieur de partis républicains libéraux acquis au pouvoir du marché, à la domination du droit procédural et au mythe du progrès quelles que soient leurs étiquettes. Sa linéarité factice (gauche, centre, droite) est le piège fatal enfermant la gauche moderne. La vision politique de Michéa est orthogonale à tout cela. C'est son intérêt majeur.

Un second point important concerne les soubassements moraux du mouvement socialiste primitif (Pierre Leroux) ancré sur le concept orwellien de « décence commune » (common decency), sans laquelle il n'est point de société viable. C'est cette morale des gens ordinaire qualifiée d'archaïque ou de réactionnaire que la gauche moderne a liquidé dans sa fuite en avant. De là le titre de l'ouvrage : ne jamais regarder « en arrière » (c'est réac.) mais toujours en avant selon la direction de la flèche du progrès, de la façon dont Orphée ne devait pas se retourner sous peine de perdre Eurydice sortie des Enfers. Si la common decency demeure encore largement répandue dans les classes populaire bien que le libéralisme vise à l'éradiquer comme obstacle principal à sa mainmise générale sur les populations, elle est inexistante au sein des élites.

Sur la forme, dix questions/réponses, dix chapitres. L'écriture de Michéa est un peu spéciale : elle est arborescente : un chapitre avec des scolies notées [A][B], ... en fin de chapitre. Des notes [1][2] dans les scolies. Des notes [a][b] dans les notes. Ca peut gêner certains.Mais on peut aussi tout lire de façon linéaire.
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17 internautes sur 21 ont trouvé ce commentaire utile 
Par Latour07 1ER COMMENTATEUR DU HALL D'HONNEUR TOP 500 COMMENTATEURS VOIX VINE™
Format:Broché
Orphée, le prince des poètes, nous précise la mythologie grecque, eut le privilège de rechercher son amour dans l'Hadès, à la seule condition qu'au moment de sortir, il ne devait se retourner. Contrevenant à l'instruction des dieux, Orphée vit disparaître à tout jamais celle qu'il chérissait. Deux fondements mentaux président l'univers de la gauche libérale : le sens de l'histoire qui par nécessité va de la droite à la gauche en passant par le centre, et l'impérieux besoin de "vivre avec son temps". La conjonction des deux se traduit non seulement par un rejet du passé, mais par la haine de celui-ci. Il devient vital pour l'homme de gauche d'échapper à un passé psychologiquement insupportable. Affirmer par exemple que du passé, des valeurs peuvent être retrouvées, affirmées, revient à être un réactionnaire. Est-il réactionnaire le fondateur du socialisme, Pierre Leroux, quand en 1845, il écrit si justement :

"(...) Loin d'être indépendant de toute société et de toute tradition, l'homme prend sa vie dans la tradition et la société. Il ne vit que parce qu'il a foi dans un certain présent et dans un certain passé." (cité par Jean-Claude Michéa, p.48-49)

La réponse s'impose d'elle-même : accepter le passé, le comprendre, l'assimiler, en retirer des leçons (de l'Histoire), refuser une vision linéaire, déterministe, de l'Histoire tendue vers un sens (ésotérique : qui connaît la finalité de l'Histoire ? en dehors de quelques gourous d'une nouvelle cabale philosophique ...) abscons n'est évidemment pas être réactionnaire.

Jean-Claude Michéa, avec son style incisif, surprend le lecteur, cherchant en lui la saine réaction, philosophique, du questionnement de son propre substrat de pensée coutumier, dont l'habitude l'a fait oublier, conduisant machinalement, par aliénation, des réponses insensées, échappant à l'ordre de la pensée. Lire Jean-Claude Michéa, c'est assumer le principe de se faire piquer à la manière du taon de Socrate, en vue de gagner en liberté de penser.

Michéa loue la sagesse de George Orwell, le célèbre auteur de 1984 et de La Ferme des Animaux, au travers de la "common decency" qui est "la réappropriation moderne de l'esprit traditionnel du don" (p.90 :

"Parler, comme le fait Orwell, d'un fondement moral du socialisme (ce qui - précisait-il- 'suscite immanquablement le ricanement sarcastique de quiconque a des prétentions intellectuelles') n'a donc jamais voulu dire que la bonne volonté des gens ordinaires pouvait suffire, à elle seule, à régler tous les problèmes d'une société décente. C'était seulement rappeler, d'une part, que les fins du socialisme se propose de réaliser trouvent toujours leur motivation première dans l'expérience morale de ces gens ordinaires (et non pas dans un savoir de type universitaire - fut-il celui du 'matérialisme historique'). Et de l'autre, que ces fins étant posées, elles ne sauraient en aucun cas légitimer - au nom d'un quelconque 'réalisme politique' - l'usage de moyens notoirement immoraux tels que 'les bombardements massifs de populations civiles, la prise d'otages, le recours à la torture pour arracher des aveux, les séquestrations, les exécutions sommaires, les matraquages, les noyades d'opposants dans les fosses à purin, la falsification systématique des dossiers et des statistiques, la trahison, la corruption et la collaboration avec l'occupant' - Orwell, "Raffles and Mrs Blandish-" p.99.

Poser en soi l'existence de valeurs, d'une tradition, penser que l'être venant à la vie est plus débiteur de la société que son créancier, qu'il trouve dans la civilisation incomparablement plus qu'il n'y apporte - toutes ces composantes de la "common decency" sont rejetées par cette gauche affectée, dans son rejet du passé, dans sa continuelle nécessité de bouger (confondant le sens de "progresser" avec celui du nomadisme perpétuel), affichant ainsi sa marque idéologique libérale.

L'amoralisme de principe des élites capitalistes trouve donc une légitimation par ceux qui rejettent l'idée même de "common decency". L'impératif de mobilité continuelle des capitaux, des marchandises, des hommes (mesure phare du projet de TCE rejeté par la France et adopté par leurs politiques, démophobes, dans le Traité de Lisbonne) a répondu à ce "nomadisme intégral" de la gauche libérale, qu'elle a donc soutenu activement. Cette "gauche kérosène" dont le phare est Jacques Attali (toujours dans un avion ou dans un aéroport), sans sol, milite pour ce type de société aux aspects suivants :

"Dans la pratique, un monde régi par le mouvement brownien des individus atomisés serait donc, sauf pour quelques minorités privilégiées (comme par exemple, les hommes d'affaires, les artistes du showbiz ou l'élite universitaire), un monde où prédomineraient nécessairement les emplois précaires, les junk jobs et les contrats à durée déterminée. Une simple variante appauvrie, en somme, de celui dans lequel nous vivons déjà." (p.145).

Or "l'atomisation des individus constitue le principe et la fin d'une société libérale" (p.295)

Cette société sape les bases même de la démocratie parce que l'idée, exposée par Abraham Lincoln ("s'il est toujours possible de tromper quelqu'un tout le temps (..) ou tout le monde quelque temps, il est impossible de 'tromper tout le monde tout le temps'). "Le fondement logique de cette conviction optimiste - qui légitime le recours au suffrage universel - c'est l'idée qu'avec le temps une communauté donnée finit toujours par accumuler une expérience collective suffisante des hommes et des choses qu'elle devient ainsi progressivement capable de juger lucidement ceux qui briguent ses suffrages. Un tel raisonnement repose cependant sur un postulat implicite. Celui que le noyau dur d'une telle communauté conserve au fil du temps (l'expérience pouvant, bien sûr, se transmettre de génération en génération) un minimum de stabilité. Dans l'hypothèse, au contraire, où la logique du turn-over permanent deviendrait, pour une raison ou une autre, la loi d'existence de cette communauté (...) il est clair que la constitution d'une expérience politique commune deviendrait rapidement problématique et que les possibilités de 'tromper tout le monde tout le temps' en seraient accrues d'autant (le fait que, dans bien des agglomérations modernes, des politiciens cyniques ou corrompus se voient indéfiniment réélus le prouve déjà suffisamment).
L'idée d'une société libérale-deleuzienne reposant sur le nomadisme généralisé (...) semble donc difficilement compatible avec celle d'un véritable 'gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple'" - p.145-146

Mais d'où viennent ces racines libérales de la gauche actuelle ? Jean-Claude Michéa les retrace à la fin du 19° siècle, quand le socialisme a été fusionné avec ceux qui occupaient les places de la gauche, à l'Assemblée, et qui n'étaient autres que les libéraux (cf. la nécessaire lecture de l'Histoire de la Restauration) tels que Guizot, Thiers, "qu'on allait bientôt appeler les républicains de progrès" -p.171 - Charles Péguy dénoncera cette mutation définitive du socialisme avec des propos jamais démentis dans L'Argent.

"Le fondement philosophique de ce rapprochement pour le moins surprenant (surtout après les journées de juin 1848 et l'écrasement de la Commune) était l'idée - qui constitue malheureusement le grand point faible de la théorie marxiste- selon laquelle il était non seulement nécessaire d'en finir au plus vite avec toutes les structures de l'Ancien Régime (...), mais que - conformément à la 'théorie des stades' - l'essor du capitalisme industriel représenterait, de toute façon, un immense progrès historique puisqu'il allait permettre de mettre en place (tout en libérant 'les forces productives' et en favorisant les progrès de l'esprit scientifique) la future 'base matérielle du socialisme'. Lire la suite ›
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