J'ai lu énormément sur le trauma psychologique pour des raisons personnelles. J'ai beaucoup tâtonné, ne trouvant rien de bien correct ni utile en français, à travailler en parallèle d'une thérapie. Les thérapeutes américains depuis la fin de la guerre du Vietnam se sont penchés sur cette psychopathologie. De nombreuses recherches sont menées, tant sur le plan organique, de l'impact sur le système nerveux d'un stress trop intense ou prolongé, que sur le plan fonctionnel des méthodes pour atténuer les souffrances : flash-backs, terreurs irrationnelles, anxiété généralisée, dépression, et colères incontrôlées.
I Can't Get over It: A Handbook for Trauma Survivorsfut le premier ouvrage qui m'a mis sur la piste du rétablissement. Il date mais reste incontournable pour toute personne souffrant de trauma psychologique. C'était la première fois que j'arrivais à comprendre ce qui se passait, pourquoi je pouvais partir dans un autre monde, subitement je deconnectais de l'entourage et me trouvais dans le passé, sans même m'en rendre compte. L'ouvrage de Babette Rothschild va plus loin, s'inscrit dans cette approche mais l'élargit et l'approfondit.
L'apport majeur de l'ouvrage tient à sa volonté de n'exclure aucune approche, et ne pas se limiter à la seule approche de la représentation, la parole du patient même si celle-ci reste centrale. La dimension corporelle est abordée d'emblée de façon remarquable. Le trauma est en effet, d'abord et avant tout une mémoire extrêmement pénible qui se joue au niveau corporel. Ce sont des sensations sans aucun sens, qui prennent la personne et la submergent.
La première partie de l'ouvrage est théorique. Elle passe en revue la symptomatologie, la différence entre stress et trauma. Elle fait un rappel du système nerveux et son fonctionnement, ainsi que les déséquilibres liés au stress puis de la façon dont la mémoire fonctionne. Pour Babette Rotschild, le trauma est un ensemble de sensations corporelles, émotionnelles et nerveuses auxquelles aucune mémoire n'est associée, et n'a aucun sens pour le patient. L'objectif de la thérapie reste de permettre au patient de faire remonter à la conscience une mémoire, qui ait un sens et qui ne déclenche pas tous les symptomes du trauma. En cela, l'auteur s'inscrit dans la ligne des théories sur le trauma.
La deuxième partie propose une démarche thérapeutique. La mémoire du stress est physiologique, encodée dans le système nerveux. Il s'agit dès lors de repartir des sensations corporelles du patient, comme source d'information sur l'état présent du patient, et apprendre à le gérer, ce qui est difficile après un trauma. Les sensations sont utilisées pour vivre dans le présent et y rester lors de la thérapie, comme jauge de l'état émotionnel et sensoriel. Elle parle d'apprendre au patient à trouver la pédale de frein pour gérer les conséquences d'un retour de la mémoire traumatique et savoir s'arrêter lorsqu'on est en train de perdre le contrôle et avancer, affronter le passé lorsque cela va bien. Cette partie mérite d'acheter le livre à elle seule. Par ce biais, la mémoire douloureuse peut être abordée et réintégrée sans danger pour le patient, en minimisant le risque de décompensation et de dissociation. Lorsque j'ai traité mon trauma j'aurais aimé avoir lu ces chapitres, cela m'aurait évité des flash-backs, des attaques de panique et autres dissociations. J'utilise désormais ces techniques au quotidien pour mieux gérer mes hauts et bas émotionnels, et retours de stress trop intenses par moments. Elles sont remarquables. Je ne saurais trop conseiller aux personnes intéressées de poursuivre la recherche dans la direction de l'auto-hypnose qui n'est pas directement abordée dans cet ouvrage.
Le livre est passionnant et novateur.
Cet ouvrage est écrit pour des thérapeutes mais peut être lu par les patients aussi.