Si l'on considère que Van Vogt a écrit le premier tome du « Cycle du ' » en 1945, on peut dire de lui qu'il était visionnaire, tout comme l'était Jules Verne en son temps, car il a envisagé un futur absolument extraordinaire. A l'instar du « Meilleur des Mondes » d'Aldous Huxley, bien que la modernité technologique soit très présente, il n'y a pas d'ordinateurs, pas de téléphones mobiles, etc., ce qui, à l'heure actuelle, peut donner l'impression que le présent cycle a vieilli ou qu'il n'est plus au goût du jour. Pour ma part, cela ne me dérange pas, au contraire, cela confère au livre un charme particulier. Il faut donc le lire avec du recul et en tenant compte du contexte de l'époque à laquelle il a été écrit.
Dès les premières pages, mon intérêt est éveillé. L'intrigue est accrocheuse, et le concept, intéressant. Un homme nommé Gosseyn est l'un des nombreux participants à un jeu géré par la Machine, une intelligence artificielle. Au début de la partie, après avoir passé par une sorte de détecteur de mensonges, il s'avère que Gosseyn n'est pas celui qu'il croyait être. Sa mémoire et ses souvenirs ont été modifiés. Par qui, par quoi, et dans quel but ? C'est ce qu'il va essayer de découvrir. En quête d'identité, Gosseyn va se rendre compte qu'il est un pion majeur au sein d'événements galactiques. Il sera traqué, puis tué. Mais il s'apercevra bien vite qu'il possède ' pour une raison qu'il ignore ' l'incroyable faculté de se réincarner, et que son cerveau est doté de matière cérébrale additionnelle. Avec le temps, il apprendra à l'utiliser pour mettre en échec certains projets.
L'auteur mélange des styles différents, allant du roman policier à celui de SF, en passant par l'essai philosophique. Il y a des passages où la lecture s'avère difficile et j'avoue avoir eu recours à un dictionnaire pour comprendre le principe sur lequel repose l'histoire : le non-A (lettre A surmontée d'une barre oblique), c'est-à-dire la sémantique générale ou système de pensée « non-aristotélicien ». Après avoir assimilé le fait qu'il est question d'un monde dans lequel la logique formelle ne s'applique pas, ma compréhension générale du livre s'est améliorée.
Néanmoins, au fur et à mesure du roman, les rapports entre les divers protagonistes deviennent de plus en plus compliqués. On a l'impression que les événements sont presque des non-événements. Et le concept de la Machine, qu'on croyait être le fondement de l'histoire, tend à devenir un à-côté. Plus rien n'est normal. A ce stade, on pourrait dire de l'histoire qu'elle est incompréhensible (et c'est vrai par moments). Personnellement, je trouve cela plutôt fort : en fait, c'est un peu comme si l'auteur avait écrit un cycle non-aristotélicien, à l'image de cette philosophie.
En conclusion, voici un ouvrage qui requiert de la concentration et qui débouche sur des réflexions. Je pense en effet que le Cycle du ' fait partie de ces grands classiques incontournables pour tous les assidus de science-fiction. Mais du fait de son aspect peu trivial et de son style ' parfois - lourd, je l'estime peu approprié pour les personnes qui voudraient découvrir la SF. A noter encore que si les deux premiers tomes sont biens, le troisième, lui, présente un peu moins d'intérêt.
Une toute dernière chose, et non des moindres : il est a noter que la traduction française de cet ouvrage a été faite par Boris Vian.