Taleb rend accessible au lecteur non scientifique les grands enjeux du débat épistémologique dans les sciences depuis la fin du XVIII° siècle: la vérité scientifique s'établit-elle en vérifiant par les faits une hypothèse (ce qu'il appelle "empirisme positif") ou en cherchant au contraire, l'imprévu, l'improbable, le "cygne noir" ("l'empirisme négatif" qui va contredire l'hypothèse). Taleb se fonde sur les travaux de Karl Popper, notamment
La connaissance objective auquel il rend un hommage appuyé. Popper a montré que l'empirisme et le positivisme à la Auguste Comte - qui prétend organiser l'avenir à partir d'une observation scientifique du passé - étaient faux et menaient à la tyrannie des pseudo-experts. De même, le déductionnisme à la Descartes ne va aller chercher dans les faits que ceux qui corroborent et confirment une hypothèse.
Au contraire, il faut aller chercher l'imprévu, en augmentant l'analyse des données du passé et en accroissant la banque de scénarios sur les futurs possibles.
Tout cela est connu et étayé dans le domaine des sciences, qu'elles soient mathématiques ou sociales. Cependant, la crise financière de 2008 a montré que tout les "gestionnaires de crise" dont s'étaient dotés les banques, ne géraient rien car ils ne regardaient que dans le passé et en se limitant aux données qui confirmaient leurs hypothèses.
Cela est rédigé dans un langage agréable, voire familier qui rend ces sujets ardus très accessibles. Cela ne va pas sans excès: la charge contre Gauss et la courbe en cloche est excessive, lourde et laborieuse.
La bibliographie est très riche et la culture de l'auteur très vaste. Son langage familier ne l'amène pas à faire du simplisme et à manquer de rigueur.
Enfin, il y a 100 pages de trop, Nicolas Taleb est un sacré bavard!