Ce quatrième tome du Décalogue est un chef d'oeuvre. Il met en scène de façon magistrale l'immédiat Après-Guerre dans les pay de l'ex-Yougoslavie, et pose ainsi les jalons du terrible conflit qui dévasta le pays à la mort de Tito. Mais comme souvent chez Giroud, ce cadre n'est qu'un cadre et cet album vaut essentiellement pour ses personnages et leur devenir. Ici, nous suivons la destinée d'un jeune prêtre qui est pris dans l'engrenage de la guerre, de la politique et de ses passions de jeunesse. Le mécanisme par lequel il affonte sa destinée est un chef d'oeuvre d'horlogerie scénaristique et on en laissera le plaisir au lecteur sans rien en dévoiler. Ce qui est remarquable dans ce livre, c'est également la profonde humanité du Père Davor, pris dans l'engrenage de ses propres sentiments et de ses choix passés. Davor est un personnage complexe, être trop humain confronté à des crimes épouvantables, qui n'a pas pris ses responsabilités et qui est confronté de façon très cruelle à ses insuffisances d'hommes. En dépeignant Davor de façon si soignée, Giroud tend un miroir assez sombre à son lecteur: malgré la meilleure volonté du monde, malgré une Foi à déplacer les montagnes, Davor est un homme seul, confronté à ses démons passés et incapable d'assumer les conséquences de ses actes.
Pour illustrer cette tragédie, le dessinateur Tomaz Lavric (sous son pseudo TBC) fait un travail à couper le souffle. Les gros plans sur les personnages sont formidables et chacun d'eux est magnifiquement illustré et reconnaissable. la différence de la Milena avant-guerre et la Milena après-guerre est magnifique. Et puis la scène du Serment (qui donne son titre au livre) est tout simplement sublime. Un chef d'oeuvre.