Au cours du XXème, la théorie littéraire a prit une voie analytique et formaliste en opposition déclarée avec les idées traditionnelles. Longtemps restée en marge de ce mouvement, la France s'est retrouvée à sa pointe au cours des années 60 et 70. Mais malgré toutes les charges des théoriciens contre les idées du sens commun, celles-ci ont résisté à leur ambition d'objectivité scientifique et sont toujours d'actualités.
Antoine Compagnon effectue ici un bilan de ces années théoriques et tente de trouver un juste milieu entre les positions de la théorie et celles du sens commun, les jugeant toutes deux excessives. L'ouvrage est divisé en sept chapitres, tous centrés sur une notion classique désavouée par les théoriciens - la littérarité, l'auteur, le monde, le lecteur, le style, l'histoire, la valeur. Pour chaque chapitre l'auteur présente d'abord la vision traditionnelle de la notion, expose ensuite les principales thèses de la théorie (en montrant le chemin parcouru et leurs limites), cherche enfin un compromis raisonnable.
Antoine Compagnon s'avère très bon pédagogue, d'une grande clarté, et même si le vocabulaire spécialisé reste omniprésent, les multiples thèses présentées sont résumées aussi simplement que fidèlement. Mais si les reproches faits à la théorie comme au sens commun sont souvent justes, les compromis avancés paraissent à la fois convaincants sans être définitifs. On retrouve en fait un grand problème commun à toutes les sciences humaines : arriver à l'objectivité sans tomber dans le scepticisme épistémologique et le relativisme.
Cet ouvrage à la fois rétrospectif et critique n'en reste pas moins très instructif, notamment pour avoir une vue d'ensemble des problèmes fondamentaux en théorie littéraire et des solutions avancées.