Gilbert Rist analyse ici les notions de "progrès" et de "développement" à l'aune du paradigme occidental.
Il interroge ces notions particulièrement en vogue dans leurs prétentions universalistes, pour en débusquer les principaux rouages.
Il retrace l'histoire de la pensée coloniale et ses entrelacements avec le modèle de la mondialisation et la prédominance ethnocentriste du développement technique et surtout économique sur tout autre type de croissance.
A succédé au schisme colonie/mégapole une nouvelle opposition plus moderne, pays développés/ pays du tiers-monde. Les deux termes de cette antagonisme étant reliés par une paradoxale affirmation: il faut fournir aux pays sous-développés une aide désintéressé, car tout le monde a à y gagner.
Si le modèle de la colonie a été abandonné suite aux ravages de la seconde guerre, et parce que les Etats-Unis et l' URSS, bien que pour des raisons différentes, étaient défavorables à ce mode d'expansion, la pensée de la croissance, elle, que l'on peut retracer jusqu'à l' Antiquité, demeure l'un des arcanes majeurs de la pensée occidentale.
Rist analyse cette idéologie dominante de la croissance sous trois angles.
D'abord le paradigme type "croissance naturelle", reposant sur l'idée qu'il existe un progrès linéaire des civilisations, et nous ramène en quelque sorte à un positivisme scientiste tel que l'a développé Auguste Comte.
Ensuite une pensée de la croissance sur le modèle colonialiste-paternaliste.
Et enfin le modèle économique; la foi en une loi du marché permettant l'harmonie des peuples et le développement des structures (on pensera notamment à une image telle que la "main invisible" d' Adam Smith).
L'économie est devenue en occident une science majeure depuis les alentours du XIX°s. Elle qui n'était que l'un des axes de la pensée globalisante de la croissance, a finalement peu à peu réussit à imposer ses propres règles du jeu. Une fois mise en marche, la machine capitalisme ne semble pas pouvoir se laisser cadrer comme le furent jadis les autres paradigmes de l'idéologie développement =croissance.
Et Rist d'interroger; et si la formidable énergie de l'économie avait remplacé ce qu'était jadis le moteur colonial? Et si la noble bannière du développement n'était pas tout simplement le ressort de la globalisation, sous l'hégémonie occidentale?
L'écriture simple et universitaire de Gilbert Rist pourra décourager le lecteur en quête de problématisation dans cet essai très dense. SI les enchaînements s'entravent par moment, l'auteur signe ici néanmoins une enquête rigoureuse et bien documentée. Impitoyable dans son regard sur les sociétés actuelles.
Indispensable pour quiconque souhaite porter un regard personnel et hors des sentiers battus sur cette notion clé de la politique actuelle, le développement.