Ce récit, c'est l'histoire tragique et le destin funeste de Charles Ier, dernier empereur d'Autriche-Hongrie. Lorsqu'il monte sur le trône, à la fin de l'année 1916, après le règne d'un longévité exceptionnelle de son grand-oncle, le célèbre François-Joseph Ier (qui règnera de 1848 à 1916), Charles hérite d'un conflit meutrier, dont il n'est en rien dans le déclenchement, conflit bien trop lourd pour les épaules de ce jeune homme qui n'a pas encore 30 ans, et qui n'a pu se préparer à la réalité du pouvoir. De 1917, et jusqu'à la fin de la guerre, Charles fera tout son possible pour mettre fin à ce conflit dévastateur, qui envoie à la boucherie la jeunesse de tout un peuple, mais qui développera également un nationalisme, source de divisions dans les années à venir, et qui se paiera cher dans la destruction de cet empire 7 fois séculaire. Il dépêche des diplomates auprès des Alliés, mais personne ne semble l'entendre, personne ne veut l'entendre. Tant son allié allemand, fermement convaincu dans la victoire de la guerre sous-marine, que l'ennemi français, tout aussi certain de son prochain succès. Il dépeche à Paris, auprès du Président Poincaré, les frères de sa femme, l'impératrice Zita, Sixte et Xavier de Bourbon-Parme. Sans succès. Il intercède auprès du pape, Benoît XV, par l'intermédiaire de Mgr Paccelli, futur Pie XII, sans succès également. Jusqu'à la fin, il se battra pour la paix. En vain. Loin de l'image d'un prince naïf, influencé par sa femme, nous découvrons un homme d'une intelligence rare, conscient des problèmes de la Double Monarchie et des sentiments nationalistes qui traversent le pays, animé de sentiments d'une très haute noblesse, et qui va amorcer le début de grandes réformes sociales (création sous son règne du premier ministère de la Santé, une première en Europe). Il se montre proche de ses soldats, dont il n'hésite pas à taper l'épaule, en signe d'amitié, proche de son peuple également, qui lui restera loyal, jusqu'à la fin. Puis, tout va très vite. Malgré les succès sur le front italien en 1917 (Caporetto), la situation se retourne rapidement : les pertes sont nombreuses, la faim touche le front comme l'arrière, la révolte fait rage dans la population et l'armée, lasse de ce conflit qui s'éternise. Les nationalismes, sources de ce conflit, prennent petit à petit le dessus sur le rêve de confédération danubienne de Charles, qu'il n'aura pas les moyens de mettre en place. La Tchécoslovaquie, l'Autriche, la Hongrie, la Serbie, la Slovénie, etc. toutes les nations composant l'empire se disloquent, et accèdent à l'indépendance. Charles est un emprereur sans Empire. Mais il n'abdiquera jamais. Il conduira deux vaines tentatives dans les années 20 pour reprendre son trône en Hongrie, mais ce n'est que trahison et double-jeu qui l'attendent, et le voilà exilé pour Madère, où il terminera ses jours, dans la misère, la tristesse, loin de sa terre natale, loin de la terre de ses ancêtres, le 1er Avril 1922. L'empereur meurt en empereur catholique, et ses derniers instants sont narrés avec une très grande force par Jean Sévillia : on ne peut qu'éprouver une grande tristesse face à la mort de cet homme pieux. L'Eglise en fera d'ailleurs un bienheureux en 2004. Sa femme quant à elle, observera le deuil jusqu'à sa mort, en 1989, soit 67 ans. Une vie.
Charles Ier est aussi un souverain qui fait montre d'une grande acuité historique : il n'a jamais ménagé ses efforts pour se défaire de la tutelle allemande, et l'Anschluss de 1938 montre qu'il ne s'était pas trompé en souligant le fait que les autrichiens allemands étaient trop faibles face aux allemands du Reich. Charles voulait également créer une confédération danubienne afin de créer une zone d'influence forte en Europe Centrale, c'est le contraire qui s'est produit, avec un morcellement d'états qui tomberont, volontairement ou non, sous le joug nazi puis communiste.
Au final, un très bon livre, très bien écrit et allant à l'essentiel, qui permet de comprendre, non seulement les évènements se situant au coeur du premier conflit mondial, mais également, bien au-delà, la situation dont héritera l'Europe centrale jusqu'à la chute du Mur de Berlin.