ce film est d'abord très beau à regarder : comme les Vanités du 17e c'est la ciselure de l'image qui retient l'attention. Par contraste le sujet est l'évanescence de la forme et sa dissolution : dans le temps d'abord (le corps héroïque du portier en grande pompe s'effondre) mais aussi dans l'espace : lors de son retour avec son manteau qu'il a repris dans l'armoire, il se redresse mais seule son ombre reste héroïque : sa réalité de personnage de pacotille est révélée au grand jour et suscite les rires des voisins. Or, malgré ce comique grotesque, nous ne pouvons participer à ce rire : Emil Jannings est filmé tantôt de loin comme une silhouette toute en ombres tantôt de très près et son visage exprime alors son impuissance à changer le cours de son destin : sans doute est-ce cette tristesse du masque du clown qui domine. Toutefois c'est le rêve qui exprime plus encore la réalité de ce qu'il est : clown triste, héros de pacotille, certes, mais aussi rêveur incorrigible : et si la vie n'était vraiment qu'un songe? (cf. Caldéron et Shakespeare)
La qualité exceptionnelle des images du film sur ce DVD permet de s'approcher de cet univers pseudo-réaliste où le rêve et la réalité se mêlent.