L'Ultimo Treno Della Notte est réalisé en 1975 par l'estimable Aldo Lado (l'excellent
Je suis vivant, mais aussi
Who Saw Her Die?, L'Humanoïde...) Il constitue une sorte de démarquage ferroviaire du succès de scandale de Wes Craven
La Dernière maison sur la gauche, daté de 1972 (le premier film du papa des SCREAM inspira alors plusieurs films italiens, dont
La maison au fond du parc de Ruggero Deodato (1980) qui donna à l'acteur David Hess un rôle similaire à celui qu'il tenait chez Craven; Hess avait alors impressionné son monde et l'un des truands du DERNIER TRAIN en reprend le look et la gestuelle...)
Il est bien question de violence dans ce film. Deux jeunes étudiantes un brin naïves prennent le train pour Vérone et sont harcelées par deux petites frappes montées in extremis dans le compartiment pour échapper à la police... Au jeu "classique" des victimes et des bourreaux le réalisateur ajoute une dimension inédite et bienvenue à travers le personnage joué par Macha Méril (qui fut la même année trucidée dans
Les frissons de l'angoisse / Profondo Rosso de Dario Argento), dans le rôle d'une mystérieuse passagère, ange de la mort à la fois sadique et masochiste, qui attise avec une grande perversité les bas instincts des deux criminels, leur suggérant de se livrer à des tortures qu'eux-mêmes n'auraient pas imaginées et y prenant beaucoup de plaisir... C'est clairement là le personnage le plus intéressant du film, et qui exprime dans son traitement l'ironie teintée de désespoir du metteur en scène (je ne peux pas en dire plus sans déflorer le scénario... en parlant de déflorer, sachez qu'une scène de ce DERNIER TRAIN est tout à fait choquante... Âmes sensibles, prenez plutôt
Le dernier métro...) Le personnage du chirurgien humaniste est lui aussi bien dépeint, au cours d'un fil narratif parallèle qui ne rejoindra le premier qu'à la toute fin du métrage.
La musique d'Ennio Morricone est parfaite pour ce genre de film tout en tension. On y retrouve l'harmonica, comme dans
Il était une fois dans l'Ouest, et comme dans ce film célèbre c'est un personnage qui en joue à l'écran). Chose surprenante, la chanson qui ouvre et conclut le film est interprétée par un Demis Roussos en grande forme vocale - le chanteur d'origine grecque plus connu pour ses collaborations avec Vangelis faisait ici un rare passage chez le maestro Romain...
Le DVD nous propose le film dans sa version française censurée (75 minutes) ainsi que dans sa version originale intégrale (qui en dure 13 de mieux). Un commentaire audio du réalisateur avec le modérateur habituel de Neo Publishing Federico Caddeo nous est proposé, et on trouve deux éclairants entretiens (d'une vingtaine de minutes chacun) avec Aldo Lado, qui évoque très honnêtement son travail depuis ses débuts dans le cinéma jusqu'à ses regrets artistiques, et avec Macha Méril, qui commente non moins sincèrement sa timide incursion dans le cinéma italien au cours des années 1970. A cela s'ajoutent les broutilles habituelles. Une excellente édition donc, qui rend justice à ce petit film qui n'encombre pas les dictionnaires du cinéma par sa présence, et qui méritait bien ce petit écrin pour être réévalué.