Sans doute le film le plus épuré de Melville, polar habité, ténébreux, plein de majesté et de silence, traversé de brusques éclats de violence. Sorte d'hommage indirect au meilleur du film noir américain des années 40, "Le deuxième souffle" du génial Melville est indiscutablement l'un des polars français les plus beaux et les plus exigeants. Difficile à surclasser.
Dans ce monde dichotomique où s'affrontent truands et policiers, on ne sait plus très bien lesquels incarnent les salauds, tout est sans desuss-dessous. Lino Ventura et Paul Meurisse, tous deux magistraux, nous offrent ainsi un duel "gangster à l'ancienne/flic sans honneur" au sommet, trouvant son aboutissement dans une scène finale mémorable.
Le tout se déploie dans un univers codifié mais nihiliste à l'extrême, où les vieilles valeurs sont écrasées par le mensonge, la dissimulation et la manipulation. Au final, la vérité n'a plus vraiment d'importance, l'essentiel étant de remporter une bien triste partie, une partie dont Ventura/Gu sortira deux fois perdant, la deuxième étant fatale ; mais sa victoire personnelle - sa vérité et son amour - silencieuse et méconnue de tous sauf de lui et de son frère ennemi le commissaire, demeurera intacte pour l'éternité.
Magnifique.