Ce livre de Pascal Bruckner constitue en quelque sorte une suite logique à ses précédents livres "Le sanglot de l'homme blanc" et "La tyrannie de la pénitence". Ainsi, après s'être attaqué au sentiment de culpabilité vis-à-vis de notre passé de colonisateurs et à la "repentance", il s'attaque ici "au remords anticipé de l'avenir" ! Pour lui, en effet, après le "mea culpa" que l'on a voulu nous imposer en lieu et place de nos parents et de nos grands parents pour les crimes qu'ils auraient commis, on voudrait nous culpabiliser maintenant pour l'hypothétique enfer que nous serions en train de construire sur terre pour nos enfants... Au cours de leur lecture certains lecteurs ne manqueront pas de replacer ces thèmes dans un cadre plus général, comme celui étudié par Nietzsche dans son deuxième traité de la "Généalogie de la morale", ou de repenser, entre autres, à d'autres livres comme "Histoire et utopie" de Cioran.
L'auteur dit clairement, dans un interview donné à un hebdomadaire lors de la sortie de ce livre, que "ce n'est pas l'écologie en tant que telle que je critique, elle est indispensable, c'est sa dérive cataclysmique". De fait, l'Histoire nous ayant montré que pratiquement toutes les nouvelles "religions" ont entraîné des excès, voire des horreurs, il ne faudrait pas que l'écologie, qui par certains côtés peu flatteurs peut déjà apparaître comme une nouvelle religion avec ses dogmes, ses élus et ses hérétiques, devienne une nouvelle sorte d'extrémisme ou de totalitarisme ! Ce qui devrait être la chose commune et la mieux partagée, intégrée et implicite à toute action citoyenne ou politique, a malheureusement déjà été récupérée par une multitude de chapelles, plus ou moins partisanes ou sectaires, qui ne brillent certainement pas par leur ouverture d'esprit et par leur aptitude au dialogue. De plus, quand on voit certaines minorités politiques venir s'intégrer à ce mouvement général pour bénéficier de sa vitalité et de son audience médiatique et ainsi renforcer leurs positions, il n'y a pas lieu d'être très optimiste quant à la possibilité d'un débat apaisé et réellement positif... et chacun de lancer ses "fatwas" en continuant à fourbir ses armes pour les futures guérillas !
Toujours dans le même interview Pascal Brukner nous dit que "le péché originel revient par l'empreinte carbone que nous laissons tous"... Nous devrions donc de nouveau expier, mais cette fois-ci pour notre soit-disant bien-être acquis, alors que d'autres, et ils sont beaucoup, en sont encore à se battre pour survivre... Ce "bien-être" n'est en réalité qu'un bien-être tout relatif, et certainement pas équitablement réparti, même dans nos sociétés. Il est même superflu d'aller jusqu'à dire, comme l'auteur : "quand un hebdomadaire [...] titre "manger tue", on a envie de demander aux Somaliens ce qu'ils en pensent".
Il faut de préserver des "gourous" et des "ayatollahs" qui militent "pour je ne sais quelle régression, privation, éloge de la pauvreté"... Mais il faut, par contre, avoir "la sagesse des limites" ! Pourquoi un tel message, même s'il est parfois développé de façon polémique, ne devrait-il pas être entendu et discuté, calmement ?