Antoine est un provincial à la capitale... Dans sa grande tour de béton et son studio bordélique, il fait semblant de vivre. Petits boulots, petites copines, petit studio ... l'horizon n'est pas fameux. Il préfère pourtant être là que dans sa campagne où il a laissé derrière lui son père qui n'a jamais eu confiance en lui. Mais le jour où ce dernier, malade, ne peut plus tenir l'épicerie du village, Antoine décide de retourner au pays pour donner un coup de main à sa mère.
Car c'est avant tout l'histoire d'Antoine et d'une certaine manière, de son parcours initiatique. Si le cinéma a toujours poussé ses jeunes héros à quitter leurs cocons et leurs familles pour mieux se découvrir et se construire, le metteur en scène choisit ici de le renvoyer chez lui et d'y puiser ce qu'il n'a jamais pu trouver.
Avec sa petite épicerie ambulante, il traverse alors la région et part à la rencontre de personnages aux caractères bien trempés. Des petits vieux dont le quotidien est exclusivement chamboulé par cette épicerie sur roues...
Alors qu'il se pose au départ en petit parisien arrogant et terrassé par le rôle qu'il doit tenir durant quelques semaines, Antoine va peu à peu s'assouplir et reprendre, malgré lui, un certain goût à la vie. Ne perdant pas son bagout et ses propos irrévérencieux pour autant, ses joutes verbales avec certains clients offrent au film quelques séquences amusantes. Notamment, avec cette vieille folle et ancienne nymphomane qu'il réussit à amadouer avec un bouteille d'eau de vie ...
Guirado maîtrise son sujet. Il laisse fuir le temps et le laisse agir sur ses personnages. Sur Antoine, avant tout, qui se réconcilie avec ce qu'il avait choisi de fuir. Puis sur les personnages secondaires... La copine, Clotilde Hesme, qui offre un peu de sa sérénité et de sa confiance à toute la famille, semble s'apercevoir qu'elle peut s'attacher à quelqu'un. Les parents reconnaissant certaines erreurs et la touchante histoire du frère ajoutent une dimension étonnante et cruelle au film.
Finalement "le fils de l'épicier" n'est pas une ode à la campagne, ni même une carte postale pour parisiens en manque de verdure, c'est tout simplement un film passionné et généreux cultivant le goût des histoires simples mais pas simplistes. Une qualité qui se perd dans le cinéma français ...