On entre dans ce livre comme si on sautait d'un pont (l'élastique aux pieds, bien sur...) : brutalement, irrémédiablement. Dès la première scène, le ton est donné : un bar, un type qui boit, un autre qui vient l'assassiner sans raisons évidentes. Ensuite, on est capturé, sans aucune possibilité de refermer le livre avant d'être arrivé à la dernière page. C'est que Grady a de solides arguments pour nous convaincre de rester à son banquet. Avec la minutie d'un reportage journalistique, il va nous dévoiler par le détail toutes les compromissions, arnaques et saletés qu'une démocratie est obligée (peut-être) de commettre pour pouvoir survivre dans un monde de plus en plus dangereux et flou. Sans toujours se soucier de ceux qui travaillent pour elle. Et c'est l'histoire que raconte Grady : celle de tous ces anonymes, soldats perdus et sans gloire, qui se sont brûlés les ailes, pris dans des enjeux qui les dépassaient. Le résultat est proprement fascinant. Avec un réalisme qui donne au lecteur l'impression d'être un voyeur, Grady met en scène l'histoire cachée de ces vingt dernières années, offrant du même coup une réflexion pertinente sur les rapports entre violence et pouvoir.