Ce court roman regroupe donc un poème et trois lettres. Le lien : ce chasseur solitaire décrit par l'écrivain. Misugi se reconnait dans le portrait du chasseur et se revoit sur les sentiers du Mont Amagi. Il veut se justifier auprès de l'écrivain, il veut lui faire comprendre pourquoi il avait l'air si pensif, si absent le jour de cette non-rencontre. Et pour cela, Misugi transmet à l'écrivain trois lettres écrites par trois femmes différentes : une de son épouse délaissée, une de sa maîtresse aimante, dernier acte avant son suicide, et une de la fille de sa maîtresse.
Yasushi, par l'intermédiaire de ces correspondances, va décrire l'histoire d'un couple maudit à travers les sentiments les plus humains : la passion, la tendresse mais aussi la haine et la violence sans oublier la honte ou le chagrin. Une liaison qui va détruire 3 vies et qui laissera des marques indélébiles au chasseur devenu solitaire.
« Il va me tirer dessus ? » me demandai-je. Bien sûr, le fusil n'était pas chargé, mais il m'intéressait de voir si tu voulais me tuer. Je pris un air indifférent et fermai les yeux.
« Vise t-il mon épaule, mon dos, ou ma nuque ? » pensai-je.
J'attendis impatiemment d'entendre le claquement sec de la gâchette dans la quiétude de la pièce, mais il ne retentit jamais. Si je l'avais entendu, je serais tombé raide, car j'avais envisagé d'agir ainsi si j'avais été la cible chérie de celui qui avait été toute ma vie pendant des années...
A la longue, la patience m'abandonna, et précautionneusement, j'ouvris les yeux afin de te regarder en train de me viser. Je restai ainsi un certain temps. Mais, tout à coup, cette comédie me parut ridicule, et je fis un mouvement. Et quand mon regard se porta vers toi, tu détournas vivement de moi le canon du fusil. Tu te mis à viser les roses alpestres que tu avais rapportés du mont Amagi et qui avaient fleuri cette année pour la première fois, et enfin tu pressas la détente. Pourquoi ne pas avoir tué ta volage épouse ? Je méritais, assez, je pense, à cette époque, d'être abattue. Tu avais clairement l'intention de m'assassiner et pourtant tu n'as pas pressé la détente. [...]
« Le fusil de chasse », un livre pour les solitaires qui aiment la vie (et pas forcément la chasse) ou qui aiment tout simplement, un livre pour ressentir les émotions en toute pudeur et sincérité dans la plus pure tradition de la littérature japonaise.