Le grand échiquier, c'est l'Eurasie : qui domine l'Eurasie domine le Monde (Mackinder). Hormis l'Empire, le reste ne compte pas et n'apparaît d'ailleurs pas dans l'ouvrage. La reine blanche est l'Amérique impériale, le roi blanc son emblème hégémonique. Depuis la fin de la guerre froide il n'y a plus ni reine ni roi noir, seulement des états candidats à le devenir. Les autres grosses pièces sont les « acteurs géopolitiques importants » et les « pivots géopolitiques ». L'idée de fond de l'auteur est que l'Amérique est le premier empire hégémonique bienveillant de l'histoire, et que celle-ci doit gérer harmonieusement et de façon consensuelle la montée en puissance de ses challengers (essentiellement la Chine) tout en gardant la main sur le tout afin de préserver la paix du monde et la démocratie. Même si l'on n'en accepte pas les prémices (les « valeurs de l'Amérique »), on ne peut dénier à cette vision un niveau de finesse, d'habileté et d'intelligence extrême.
Editée en 97, cette analyse a été confrontée en 2000 à une rivale, celle du PNAC ("Rebuilding America's Defenses") entièrement basée sur une géopolitique agressive de la canonnière. Pour justifier une augmentation astronomique du budget militaire, celle-ci nécessitait cependant l'éclosion d'un « nouveau Pearl Harbour » pour stigmatiser l'opinion. Le miracle ayant eu lieu le 11 septembre 2001, c'est l'option PNAC qui a été retenue par les administrations américaines successives. Un non dit : l'Empire tiendra autant que tiendra le dollar. La crise financière actuelle n'a pas été anticipée.
L'intérêt majeur de l'ouvrage tient aussi à la personnalité de son auteur : un acteur clé appartenant au premier cercle de l'Amérique impériale. Ancien conseiller de Jimmy Carter, conseiller d'Obama, on le retrouve également au Comité Bilderberg, à la Commission Trilatérale ainsi qu'au « Council on Foreign Relations ». Ce livre est indispensable pour comprendre la géopolitique contemporaine.