Une histoire d'élu, se déroulant à une époque lointaine, sur une planète ravagée par la guerre. Un jour, un Chninkel, sorte de rongeur bipède, voit en apparition un monolithe noir -
oui - se déclarant "créateur des mondes", qui lui ordonne de ramener la paix.
Cette BD de plus de 150 pages, sortie initialement en 1986, est désormais un classique de l'héroïc fantasy, genre particulier de SF, peuplé de nains, d'elfes des montagnes et autres trolls, que les adolescents asociaux affectionnent. Les auteurs, qui avaient déjà démontré dans
Thorgal leur talent à s'approprier des légendes, ont semble-t-il voulu aller plus loin encore, puisque l'on assiste carrément ici à une parodie d'Évangile. Noces de Cana, marche sur l'eau, la Cène, le "grand pouvoir", les allusions se multiplient, jusqu'à la conclusion, où l'irrévérence devient brutalement blasphème. Un vrai beau blasphème, à déguster en connaisseur, que seuls les lecteurs chrétiens pourront "apprécier", les autres ayant de fortes chances de passer à côté de tout ça. Décidément, heureusement que dans l'ensemble les chrétiens sont sympas, parce qu'alors, qu'est-ce qu'ils prennent.
Ceux qui ont découvert et aimé cette BD alors qu'elle n'existait qu'en noir et blanc, se demanderont forcément si la version couleur vaut le détour. En ce qui me concerne, sans aucune hésitation, la réponse est oui, au point que je ne pourrai plus la lire autrement. Les deux seules innovations regrettables de cette édition, à mon goût, sont la couverture, pas du tout à l'image du livre, et la dizaine de pages de croquis venant clore l'ouvrage. L'intention était sans doute bonne, mais lorsqu'une histoire est belle, on préfère finir sur elle plutôt que sur des bonus, aussi intéressants soient-ils. Fans, à vos cutters.