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Le liseur du 6h27 Broché – 5 mai 2014


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Descriptions du produit

Extrait

Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D'autres poussent leur premier cri affublés d'un strabisme disgracieux, d'un bec de lièvre ou d'une vilaine tache de vin au milieu de la figure. Il arrive que d'autres encore viennent au monde avec un pied bot, voire un membre déjà mort avant même d'avoir vécu. Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec pour tout fardeau la contrepèterie malheureuse qu'offrait le mariage de son patronyme avec son prénom : Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dès ses premiers pas dans l'existence pour ne plus le quitter.

Ses parents avaient ignoré les prénoms du calendrier des Postes de cette année 1976 pour porter leur choix sur ce «Guylain» venu de nulle part, sans même penser un seul instant aux conséquences désastreuses de leur acte. Étonnamment et bien que la curiosité fut souvent forte, il n'avait jamais osé demander le pourquoi de ce choix. Peur de mettre dans l'embarras peut-être. Peur aussi sûrement que la banalité de la réponse ne le laissât sur sa faim. Il se plaisait parfois à imaginer ce qu'aurait pu être sa vie s'il s'était prénommé Lucas, Xavier ou Hugo. Même un Ghislain aurait suffi à son bonheur. Ghislain Vignolles, un vrai nom dans lequel il aurait pu se construire, le corps et l'esprit bien à l'abri derrière quatre syllabes inoffensives. Au lieu de cela, il lui avait fallu traverser son enfance avec, accrochée à ses basques, la contrepèterie assassine : Vilain Guignol. En trente-six ans d'existence, il avait fini par apprendre à se faire oublier, à devenir invisible pour ne plus déclencher les rires et les railleries qui ne manquaient pas de fuser dès lors qu'on l'avait repéré. N'être ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre. Juste une vague silhouette entraperçue en bordure du champ de vision. Se fondre dans le paysage jusqu'à se renier soi-même pour rester un ailleurs jamais visité. Pendant toutes ces années, Guylain Vignolles avait passé son temps à ne plus exister tout simplement, sauf ici, sur ce quai de gare sinistre qu'il foulait tous les matins de la semaine. Tous les jours à la même heure, il y attendait son RER, les deux pieds posés sur la ligne blanche qui délimitait la zone à ne pas franchir au risque de tomber sur la voie. Cette ligne insignifiante tracée sur le béton possédait l'étrange faculté de l'apaiser. Ici, les odeurs de charnier qui flottaient perpétuellement dans sa tête s'évaporaient comme par magie. Et pendant les quelques minutes qui le séparaient de l'arrivée de la rame, il la piétinait comme pour se fondre en elle, bien conscient qu'il ne s'agissait là que d'un sursis illusoire, que le seul moyen de fuir la barbarie qui l'attendait là-bas, derrière l'horizon, aurait été de quitter cette ligne sur laquelle il se dandinait bêtement d'un pied sur l'autre et de rentrer chez lui. (...)

Revue de presse

Les voies du succès sont souvent impénétrables, mais force est de reconnaître que les réussites transfrontières d'aujourd'hui présentent pour la plupart les mêmes invariants : l'humanité des personnages, l'entraide entre les petits (ou les cabossés de la vie) et les différentes générations, le réenchantement du quotidien, le pouvoir des mots et de la littérature, la tendresse et l'humour. A cette aune-là, Le Liseur du 6h27 est un must...
Le ton est vif; la parabole, jolie; le message, optimiste. Pourquoi bouder son plaisir ? (Marianne Payot - L'Express, mai 2014)


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Détails sur le produit

  • Broché: 217 pages
  • Editeur : AU DIABLE VAUVERT (5 mai 2014)
  • Collection : LITT GENERALE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2846268010
  • ISBN-13: 978-2846268011
  • Dimensions du produit: 13,1 x 2,7 x 19,8 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.4 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (92 commentaires client)
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile  Par zen 09 le 20 janvier 2015
Format: Broché
Au départ, on est un peu surpris par le personnage qui est d'une banalité assez triste, avec cette seule bizarrerie qui consiste à lire des passages de livres en se rendant à son travail, qu'il déteste !
Mais de cette situation va petit à petit se lever un souffle et une énergie peu communs ! Dans un style limpide, lumineux, l'auteur nous entraîne dans la vie de quelques personnages attachants qui se révèlent d'une grand richesse, d'une sympathie et d'une originalité communicatives...Merci monsieur Didierlaurent pour immense votre talent !
Du grand art !
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10 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile  Par Tornade (Isa) COMMENTATEUR N° 11ER COMMENTATEUR DU HALL D'HONNEUR le 13 août 2014
Format: Broché
Guylain Vignolles, 36 ans, prend tous les jours le RER qui le conduit à l'usine où il travaille, celui de 6h27. Chaque jour, c'est le même rituel, Guylain ne peut s'empêcher de sortir ses feuillets et les lire à haute voix, devant tous les passagers attentifs. Peu importe le sujet pourvu que cette lecture le tienne momentanément occupé, éloigné de cette "Chose" née pour "broyer, aplatir, piler, écrabouiller, déchirer, hacher, lacérer, déchiqueter, malaxer, pétrir, ébouillanter"... : la Zestor 500, une gloutonne, un bulldozer jamais rassasié...

C'est un premier roman fort sympathique, imaginé et narré avec beaucoup de fraîcheur, d'humour, d'originalité et de tendresse.
Il démarre fort, très fort avec la description, sur une quarantaine de pages, de cette "chose", sans jamais la nommer mais en la personnifiant au possible : jolie performance, joli style aussi.
L'histoire pourrait sembler tout à fait banale, mais elle met en scène des personnages auxquels on s'attache, jusqu'au poisson au prénom célèbre. Elle est surtout un bel hommage au livre et à la lecture, un hommage à la poésie, au théâtre, aux alexandrins, rimes, hémistiches, syllabes et quatrains, où la personnification est reine, presque une allégorie. C'est ce qui dans ce livre a le plus retenu mon attention.
C'est également une histoire d'amitié, de solidarité, entre Guylain et Giuseppe, un partage pour l'amour de la lecture avec tout un groupe de personnes âgées que Guylain retrouve les samedis matin.
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10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile  Par Laure COMMENTATEUR DU HALL D'HONNEURTOP 100 COMMENTATEURSVOIX VINE le 11 mai 2014
Format: Broché
A force de lire partout que ce roman est le bonbon du printemps, le feel good book qui vous remet du baume au cœur, j'ai cédé à l'appel de la douceur, et j'en suis fort marrie.
Le liseur du 6h27 est un ouvrier ordinaire qui a le malheur de s'appeler Guylain Vignolles, vous imaginez les mauvaises blagues dont il a été victime : Vilain Guignol est l’anagramme phonétique de son nom. Il travaille dans une entreprise de pilon, où il dompte et nettoie chaque jour la Zerstor 500, une grosse broyeuse qui déchiquette tous les livres invendus et autres retours qu'il coûterait trop cher de stocker. Un chefaillon pénible, un collègue qui récite des alexandrins à longueur de journée, un ami qui a perdu ses jambes dans la vilaine Zerstor, et un Guylain qui n'a que deux plaisirs dans la vie : raconter sa journée à Rouget de Lisle, son poisson rouge, et lire à voix haute aux voyageurs franciliens des pages isolées sauvées de la broyeuse dans le RER de 6h27 le matin. Jusqu'au jour où une clé USB trouvée là viendra bouleverser son quotidien...

Il y a de bonnes trouvailles dans ce roman, telles la personnification de la machine dans sa description (on croirait la bête humaine), la quête peu ordinaire de Giuseppe, mais je n'ai pas accroché du tout à la jolie bluette (un peu niaise ?) du conte de fée de supermarché (ça se passe dans un centre commercial, ne cherchez pas de jeu de mot) ... On pense inévitablement à la mercière de
...Lire la suite ›
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile  Par Ludwig Jean Sébastien TOP 100 COMMENTATEURS le 19 octobre 2014
Format: Broché
Guylain Vignolles, qui a souffert toute sa vie de la contrepèterie faite sur son nom, est un jeune homme solitaire employé dans une usine de pilonnage de rebuts éditoriaux. Il y travaille sous les ordres d'un certain Kowalski, responsable atrabilaire qui le prend souvent pour tête de turc. Il y côtoie Brunner, son assistant atteint de beauferie aggravée et Yvon Grimbert le gardien poète déjanté ne s'exprimant qu'en alexandrins. Tout le travail de Guylain consiste à approvisionner et à entretenir la Zerstor Fünf Hundert, la monstrueuse broyeuse de livres perpétuellement affamée de culture qu'il soupçonne d'ailleurs de se mettre en route toute seule pour le plus grand malheur de pauvres rats égarés dans ses entrailles ou d'un ouvrier devenu cul de jatte. Chaque matin, en partant au travail, Guylain lit à haute voix aux habitués du RER de 6h27 quelques feuillets qu'il a sauvé des mâchoires du monstre. Un jour, il y trouve une clé USB qui va changer sa vie...
« Le liseur du 6h27 » se présente comme un joli conte philosophique plein de tendresse et d'humanité. Bien sûr, la plupart des situations et des personnages ont quelque chose d'improbable et de déjanté, mais cela n'en est que plus nébuleux et plus poétique. L'auteur nous livre à petites touches la description d'un monde grisâtre et sans grande perspective, de vies ternes voire désespérantes à peine éclairées par le détachement ou la folie ordinaire des petites gens. L'écriture est agréable, soignée et minimaliste à souhait. Un vrai régal. Didierlaurent parvient au niveau des plus grands tels Fournier, Garnier et Mingharelli. Ne pas manquer ce premier roman qui pour un coup d'essai est un vrai coup de maître.
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