Dans le climat lourd et angoissant de l'ex-URSS, la présence de l'être aimé permet d'éterniser un instant d'intense bonheur et de le rendre inoubliable. Chaque chapitre s'organise autour de l' image d'un couple ou d'une femme; le passage d'une belle jeune femme un jour de pluie qui illumine une triste banlieue grise, ou encore un vieux couple d'amoureux, survivants du goulag, et dont le regard lumineux réchauffe une froide journée d'hiver... Dans une langue souple, ample et élégante, Makine a l'art de dire l'indicible et de laisser au lecteur ému de somptueuses images: Comme cette pommeraie cyclopéenne en fleurs, née du cerveau malade de vieux crocodiles du Kremlin, splendeur neigeuse et enivrante sur des dixaines de kilomètres, verger stérile mais qui nous rappelle l'inutilité du Beau et qui fixe à jamais dans la mémoire du narrateur l'image de la belle Kira et de l'unique journée passée avec elle . Il nous rappelle nos paradis fugaces, "les seuls que nous puissions approcher au cours de notre fulgurant trajet de mortels". C'est tout simplement très beau.