L'auteur se charge dès les premières pages de son livre d'expliquer cette notion du vide médian, indissociable des deux polarités yin et yang que chacun connaît. Le vide médian, dit Cheng, ce grand Trois né du Deux, (…) tirant son pouvoir du Vide originel, intervient chaque fois que le yin et le yang sont en présence. Dans l'idéal, il a le don de créer un espace vivifiant et d'y entraîner le yin et le yang en vue d'une créative interaction. Mais, mieux que ces utiles explications, ce sont précisément les poèmes de Cheng qui font découvrir ce Vide Médian. La poésie de François Cheng, c'est de la calligraphie chinoise appliquée aux mots. De même qu'un calligraphe chinois parvient avec quelques traits à suggérer tout un monde, les vers de Cheng réussissent à communiquer l'indicible d'une façon bouleversante. L'autre comparaison qui m'est venue à la lecture de ce recueil, c'est le chant harmonique, rendu célèbre par David Hykes, notamment. Les notes de base que l'artiste émet provoquent des cascades cristallines d'harmoniques semblant jaillir de nulle part et partout, d'une pureté absolue. De même, ici, les vers écrits provoquent des résonances insoupçonnées à partir de quelques mots…