Un livre qui est un régal,dont je me délecte à sa lecture , autant par le thème qu'il développe, comme par l'approche toute particulière que lui imprime cette grand dame naturaliste, avec âme de poète. Une histoire naturelle des sens, étalée sur 386 pages qui explore en 6 chapitres notre univers sensible, que sous la plume bénie de DA , devient voyage initiatique à la découverte de soi-même , dans la relation à ce qui nous relie à notre être intérieur, notre monde de sensation et avec autrui .Les chapitres sont enrichis de citations des auteurs, des phrases ou des explications qui animent le récit , le rendant plus coloré et vivant. Je l'avais acheté par l'odorat, dont je m'acharne à approfondir la connaissance, mais délaisser les autres chapitres, aurait été un sacrilège, vu l'étendue des connaissances, le déploiement d'informations et d'anecdotes qui jonchent chaque page, dont l'intérêt ne faibli pas , quelque soit le sens abordé. Le chapitre de l'odorat est précédé par un texte magnifique et intense de Helen Keller, devenue sourde, muette et aveugle dès son 19ème mois, que sous la direction de l' insigne enseignante Ann Sullivan devint avocate, et écrivain. Youtube propose des vidéos rares et émouvants sur Helen Keller et son enseignante.
Miracle en Alabama Film avec Anne Bancroft et Patty Duke sur Helen Keller.
Et c'est Brillat-Savarin qu'introduit le chapitre du goût.
Le Dit du Genji de Murasaki-shikibu illustré par la peinture traditionnelle japonaiseLe chapitre de l'odorat fait allusion à une histoire d'amour sur fond historique et social,(voir lien ci-dessus), où l'on voit des alchimistes préparer des parfums d'après l'aura et la destinée des gens. Chapitre qui parle de Dickens, du parfum de violette , parfum préféré de l'impératrice Josephine, fleur que Napoléon porta séchée dans un médaillon, et dont il fit planter autour de la maison après sa mort. Un parfum, celui de la violette, entêtant , qui agresse violemment le nez, pour se dissiper après , car il contient de la ionone qui court-circuite l'odorat. Une histoire naturelle et poétique des sens, mêlé d'histoire colloquial, qui rend vivant chaque chapitre du livre, avec une érudition qui laisse pantois. Si l'odeur d'une madeleine suscite en Proust, dont elle parle, des souvenirs d'enfance, une branche d'eucalyptus, a un pouvoir quasi sauvage de l'émouvoir et la ramener loin en arrière dans un monde qu'elle ne saurait pas atteindre autrement , en quelques secondes. Certaines odeurs sont fabuleuses diluées, d'autres répugnantes concentrées. Comme celui de la civette, dont l'odeur fécale soulèverait le coeur, est transmué en aphrodisiaque par le parfumeur.
L'ouvrage des sens de Guy Lazorthes
Pour juger du talent d'un écrivain, dit DA, plus particulièrement des poètes, rien de tel que lire leurs descriptions des odeurs. S'ils sont incapables de décrire l'odeur de sainteté d'une église, ils ne pourront pas décrire les environs du coeur.
Et l'auteur du livre des sens, tout aussi bien qu'essayer de décrire des odeurs, nous transporte dans un autre monde, celui des sensations, rendant l'histoire naturelle poétique, et l'histoire un immense colloque capable d'émouvoir les molécules de nos organes sensitifs. Et tout cela pour le plus grand plaisir des sens et de l'âme.
DA a reçu des multiples prix, dont, dernièrement ,on appelée une molécule, Dianakerone, en son hommage.
Le chapitre sur la vision nous apprend que les chiens de prairie sont daltoniens, et qu'un grand nombre d'animaux ont une vision colorée, mais ils voient différement les couleurs.
Le goût, nous raconte que c'est une société d'adorateurs de chocolat que trouva Hernan Corté autour de Montezuma, qui fut si impressionné par l'opulence et les pouvoirs revigorants du chocolat que l'introduit en Espagne , au 16ème siècle. Pour ne citer que quelques anecdotes , d'un livre que l'on savoure, touche, entend,voit,et sent, avec une jouissance infinie.