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Le maître des aveux [Broché]

Thierry Cruvellier
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Descriptions du produit

Présentation de l'éditeur

Phnom Penh, mars 2009. Kaing Guek Eav, plus connu sous le nom de Douch, responsable de la torture et de la mort de plus de 12 000 victimes à la prison de Tuol Sleng (S-21), est seul derrière une vitre insonorisée : seul face à la justice internationale, seul face aux familles de ses victimes, seul peut-être plus que tout face à lui-même, à l’étendue d’un crime impossible à sonder, impossible à pardonner. Le maître des aveux est une saisissante évocation de son destin, mais aussi de l’étonnante « comédie humaine », tour à tour bouleversante et déroutante, qui s’est déroulée autour de son procès. Thierry Cruvellier est le seul journaliste français qui a assisté à la totalité de ce procès, du premier au dernier jour, qui a vu un événement remarquable et peu noté : pour la première fois devant un de ces tribunaux, un accusé qui reconnaissait sa responsabilité personnelle dans des crimes innommables, plaidait coupable et demandait pardon aux victimes, était à la barre pendant six mois à essayer d’expliquer et de s’expliquer. Ce procès allait-il se dérouler à contre-courant des attentes et apporter enfin, pour la première fois, apaisement aux victimes ? Allait-il dessiner la figure d’un bourreau « différent » ? Allait-il jouer ce rôle toujours attendu et jamais réalisé de « procès pour l’histoire » ? C’est la tragédie particulière, jusqu’à son coup de théâtre final, du procès du génocide khmer rouge qu’il n’en ait, en fait, rien été, et que le bouleversement des rituels attendus ait provoqué des moments d’une intensité exceptionnelle, des scènes d’une émotion considérable, des joutes médiocres et magnifiques – et au final une amertume profonde chez tous les acteurs de cette pièce. Il fallait pour écrire ce livre un ensemble de qualités presque impossible : une connaissance, une expérience, une discrétion, mais surtout, tout simplement un talent doublé d’une humanité profonde.

Biographie de l'auteur

Thierry Cruvellier, 44 ans, ancien rédacteur en chef d’International Justice Tribune, suit depuis 2007 les travaux du tribunal établi à Phnom Penh pour juger les khmers rouges. Auparavant, il a notamment suivi le Tribunal pénal international pour le Rwanda, la Commission Vérité et Réconciliation et le Tribunal spécial en Sierra Leone, la Chambre pour les crimes de guerre en Bosnie-Herzégovine, le processus Justice et Paix en Colombie. Son livre Le tribunal des vaincus – Un Nuremberg pour le Rwanda ? a paru en 2006 en France (Calmann-Lévy), en 2010 aux États-Unis.

Détails sur le produit

  • Broché: 370 pages
  • Editeur : Editions Gallimard (22 septembre 2011)
  • Collection : HORS SER CONNAI
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 207013489X
  • ISBN-13: 978-2070134892
  • Moyenne des commentaires client : 4.3 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (6 commentaires client)
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
Par Markai
Format:Broché
C'est un travail de reportage vraiment incroyable -- sur le Cambodge, les Khmers, mais aussi surtout sur l'idée de justice et le rôle des tribunaux. Le tout écrit avec énormément d'humour, perspicacité et intelligence. Cinq étoiles n'est pas assez!!
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
Par Unvola TOP 500 COMMENTATEURS TESTEURS
Format:Broché|Achat authentifié par Amazon
Thierry Cruvellier est un journaliste spécialisé dans les Procès de Crimes contre l'Humanité et Génocides à travers le monde. En tant qu'unique journaliste Français à avoir participé au Procès, l'auteur nous fait donc pénétrer au coeur du Procès de l'un des responsables et tortionnaires du régime Totalitaire Communiste Khmer Rouge au Cambodge, qui s'est déroulé en 2009, celui de : Kaing Guek Eav, surnommé "Douch".
Le Procès de Douch est le premier Procès International concernant les Crimes de masse du système Totalitaire Communiste Mondial, d'où son importance considérable pour l'Histoire.
En effet, comme le fait très justement remarquer Thierry Cruvellier, curieusement les Juristes Internationaux et les militants des Droits de l'Homme ont une tendance naturelle à pourfendre essentiellement les Crimes caractérisés : de Nationalisme, de xénophobie et de discrimination raciale..., mais jamais ceux sous l'effigie du Communisme.

Les Khmers Rouges sont donc responsables du Génocide, entre le 17 avril 1975 et 1979, d'environ 1 700 000 Cambodgiens sur une population à l'époque, de 8 000 000 d'habitants !
Dans ce Procès de Justice Internationale, Douch, lui, est condamné pour avoir été le Directeur du Centre de torture et d'extermination S-21 de Tuol Sleng (l'ancien lycée Pohnea Yat, transformé pour cet horrible usage), qui a ouvert le 15 août 1975, mais également du champ d'extermination de Choeung Ek, ainsi que du Centre de "rééducation" S-24. Lors de ce Procès, il est donc jugé pour avoir organisé : les interrogatoires, tortures et exécutions de 12 300 (chiffre avéré à ce jour) personnes et probablement plus, le chiffre évoqué allant jusqu'à 15 000 victimes. Sur ce décompte effroyable, seules 7 victimes survécurent aux salles de tortures et champ d'exécution du bourreau de masse, Douch. Parmi les 7 survivants de S-21, 3 seulement sont encore vivants et témoignent au Procès. Il s'agit de Bou Meng, Vann Nath et Chum Mey.
Mais, dépassant le cadre de ce Procès, Douch reconnaît également avoir été le superviseur du camp d'extermination Khmer Rouge M-13 entre 1971 et 1975. Le camp M-13 fut effectivement le "laboratoire" qui permit d'élaborer l'organisation du Centre S-21. D'ailleurs, le personnel de M-13 fut transféré à S-21. Le seul survivant du camp M-13 et donc l'unique témoin est François Bizot Le Portail et Le silence du bourreau, qui connaît parfaitement la psychologie de Douch, pour avoir ferraillé intellectuellement avec lui, lors de sa détention.
Avoir libéré François Bizot fut une "erreur de jeunesse" dans la carrière de Douch, car aujourd'hui il témoigne contre lui et, qui plus est, avec un talent narratif et d'analyse exceptionnels (pages 198 et 199) :

"- Je dois dire que ma rencontre avec Douch a marqué mon destin et toute ma réflexion et tout ce que je suis aujourd'hui, pour une raison simple et tragique : c'est que je dois m'arranger moi-même par rapport à une donnée double, celle d'un homme qui a été le vecteur, le bras d'une tuerie étatisée - et je ne peux pas imaginer me mettre aujourd'hui à sa place avec, en moi-même, autant d'horreurs perpétrées - et, d'autre part, le souvenir que j'ai d'un jeune homme qui avait engagé sa vie pour une cause, un objectif qui s'appuyait sur l'idée que le crime n'était pas seulement légitime mais qu'il était méritoire. Je ne sais pas quoi faire de cela, monsieur le juge. Mon existence m'a amené à côtoyer intimement l'un et l'autre et je ne peux pas me débarrasser de cette idée que ce qui a été perpétré par Douch aurait pu l'être par un autre et qu'en essayant de le comprendre il ne s'agit pas un seul instant de minimiser la portée, la profondeur, l'abomination de son crime. Ce crime, qui est le sien - c'est là ou les choses sont particulièrement difficiles pour moi -, j'ai senti que c'était celui d'un homme et que, pour en mesurer l'abomination, il ne fallait certainement pas faire de Douch un monstre à part, mais réhabiliter en lui ou plutôt reconnaître en lui cette humanité qui est la sienne, comme la nôtre, et qui, manifestement, n'a pas été un obstacle aux tueries. Je crains, malheureusement, qu'on n'ait une compréhension plus effrayante du bourreau quand on prend sa mesure humaine. C'est cette prise de conscience des caractéristiques de l'ambiguïté de cette humanité qui cause mon drame aujourd'hui, monsieur le juge."

Et l'historien David Chandler précise en donnant son point de vue, d'une dureté tragiquement réaliste sur la Nature Humaine (page 202) :

"Notre capacité à commettre le mal est plus grande que celle de faire le bien. Cela ne disculpe pas ceux qui ont tué. Mais j'aimerais éviter... je n'aime pas ceux qui disent : regardez ces méchants là-bas ! Nous, nous ne saurions faire cela, jamais !
Je ne veux pas dire que ce qui s'est passé à S-21 a été perpétré par une espèce différente d'hommes. Je pense que, dans certaines circonstances, que je me réjouis de ne pas avoir rencontrées dans ma vie, presque n'importe qui peut être amené à commettre ce genre de choses. C'est la face sombre de chacun d'entre nous."

Douch reconnaît donc dans ce Génocide Cambodgien, l'évidente responsabilité du Parti Communiste du "Kampuchéa Démocratique" ou l'Angkar, dirigé par le "Frère n°1", plus connu sous le terrifiant pseudonyme de : Pol Pot.
(Il est nécessaire de préciser, qu'introduire le terme "Démocratique" dans l'intitulé d'un régime Totalitaire Communiste, cela fait partie intégrante de la panoplie propagandiste et mensongère ainsi que de la gigantesque mystification opérée à l'échelle mondiale, depuis presque un siècle, par le système Totalitaire Communiste).
A partir de son arrestation le 8 mai 1999, Douch fut confronté à l'imposant stock d'Archives qu'il omit probablement de brûler, dans la précipitation de sa fuite lors de l'invasion Vietnamienne de Phnom Penh, le 7 janvier 1979. Douch n'a alors plus d'autre choix que de faire face à ses propres preuves accablantes (contenant : 6147 clichés, 4186 comptes-rendus d'interrogatoires, et 6226 fiches biographiques), s'auto-incriminant ainsi, bien involontairement.
En revanche, tout au long du Procès et malgré les témoignages, notamment de François Bizot et de ses subordonnés-tortionnaires (qu'il avait lui-même formés aux "techniques" d'interrogatoire et de torture), Douch nie indéfectiblement avoir assassiné qui que ce soit, de ses propres mains. Affirmation, qui dans ce monstrueux contexte de Crimes de masse, semble relever de l'ineptie la plus totale, ainsi que d'une insulte monumentale envers la Mémoire de ses victimes et des familles.
Il s'agit là de l'un des grands paradoxes de ce personnage : d'un côté, il avoue sa totale responsabilité dans l'organisation de ce Crime de masse, et dans le même temps, il refuse de se montrer en tant que criminel individuel. Un "cas d'école" qui restera certainement un sujet d'étude pour des générations de psychologues...

Thierry Cruvellier décrit minutieusement le caractère de Douch : après avoir été professeur de mathématiques, Douch s'engagea corps et âme pour l'Idéologie Totalitaire Communiste Marxiste-Léniniste, et prêta serment devant le Parti Communiste du "Kampuchéa Démocratique". Comme il était consciencieux voire méticuleux, travailleur, résolu, très organisé..., il mit ses qualités au profit de l'infâme régime Khmer Rouge.

Tragiquement, il consacra donc toute cette conviction Idéologique, cette détermination et ce zèle à l'extermination des imaginaires "ennemis de classe".
Lors du Procès, il fait preuve d'une froide lucidité, d'une pleine conscience de ses actes criminels et barbares. Il est la plupart du temps particulièrement coopératif, lors des débats. Durant toute la durée du Procès, sa profonde connaissance de la psychologie humaine (en tant qu'interrogateur lui-même et "formateur" d'interrogateurs-tortionnaires), lui permet même par moment de mener les débats suivant son bon vouloir.
Mais lorsqu'il passe sa main sur son visage, c'est le signe indéfectible qu'il est perturbé par une question ou que sa honte extrême ressurgit, et il sombre alors immanquablement dans le mutisme. Lire la suite ›
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2 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
Fragile justice 24 novembre 2011
Par Ferdinand
Format:Broché
Remarquable compte-rendu du procès de Douch, le directeur du camp de torture et d'extermination S21. Douch est le maître des aveux qu'il arrache à ses victimes qu'il torture avant de les exécuter. Au cours du procès, il reste le maître de ses aveux qu'il calcule avec soin. Par son souci du détail, le récit de Thierry Cruvellier rend leur humanité aux acteurs du procès, victimes, parents des victimes, tortionnaires, avocats, mais il montre aussi de façon criante la fragilité de la justice face à l'irréparable! "Un procès est une impasse: quand l'accusé nie sa responsabilité, les victimes souffrent; quand il la reconnaît, elles souffrent. Dans les deux cas, on ne s'en sort jamais. Assister à un procès, c'est vivre cette asphyxie" (p.293). Mais par ce livre, l'auteur, toujours aux aguets, nous offre l'occasion de résister à cette asphyxie.
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