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Le magasin des suicides [Poche]

Jean TEULE
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Table des matières

–; Souvent, les gens nous demandent pourquoi nous avons prénommé notre petit dernier Alan. C'est à cause d'Alan Turing.–; Qui ? s'étonne une grosse dame aux traits déconfits et paraissant sous un nuage de pluie.–; Vous ne connaissez pas Alan Turing ? questionne Lucrèce. C'était un Anglais dont l'homosexualité lui avait créé des problèmes avec la justice et considéré comme le père fondateur des premiers ordinateurs. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, sa contribution à la victoire finale avait été décisive car il avait su décrypter le système Enigma : la machine à coder électromagnétique qui permettait à l'état-major allemand de transmettre à ses sous-marins des messages indéchiffrables par les services secrets alliés.–; Ah bon, je ne savais pas...–; C'est un des grands oubliés de l'Histoire.La cliente hésitante promène sur le magasin des yeux appesantis par le morne regret des chimères absentes...–; Je vous parle de ça, reprend Lucrèce, parce que je vous voyais tout à l'heure lever les yeux vers la frise de petits tableaux, tous à la même taille, que nous accrochons au mur, côte à côte sous le plafond.–; Pourquoi représentent-ils chacun une pomme ?–; À cause de Turing, justement. L'inventeur de l'ordinateur s'est suicidé d'une drôle de manière. Le 7 juin 1954, il a trempé une pomme dans une solution de cyanure et l'a posée sur un guéridon. Ensuite, il en a fait un tableau puis il a mangé la pomme.–; Sans blague !–; On raconte que c'est pour cette raison que le logo d'Apple représente une pomme croquée. C'est la pomme d'Alan Turing.–; Oh ben, ça... Au moins je ne mourrai pas idiote.–; Et nous, poursuit Lucrèce qui ne perd pas le sens du commerce, à la naissance de notre cadet, nous avons confectionné ce kit de suicide.–; Qu'est-ce que c'est ? s'approche la cliente intéressée.Mme Tuvache lui fait l'article :–; Dans cette pochette plastique transparente, vous voyez que vous avez une petite toile montée sur châssis, deux pinceaux (un gros, un fin), quelques tubes de couleurs et bien sûr la pomme. Attention, elle est empoisonnée !... Et ainsi, vous pouvez vous tuer à la manière d'Alan Turing. La seule chose qu'on vous demandera, si vous n'y voyez pas d'objection, c'est de nous léguer le tableau. On aime bien les accrocher, là. Ça nous fait des souvenirs. Et puis c'est joli toutes ces pommes alignées sous le plafond. Ça va bien avec le carrelage de Delft au sol. On en a déjà soixante-douze. Quand les gens attendent à la caisse, ils peuvent regarder l'expo.C'est ce que fait la grosse cliente :–; Il y en a dans tous les styles...–; Oui, certaines pommes sont cubistes, d'autres presque abstraites. La pomme bleue, ici, était celle d'un daltonien.–; Je vais vous prendre ce kit de suicide, soupire la grosse dame au cœur battant une marche funèbre. Ça complètera votre collection.–; Vous êtes bien aimable. Pensez à le signer et le dater. Aujourd'hui, nous sommes le...–; Quelle heure est-il ? demande la cliente.–; Treize heures quarante-cinq.–; Je vais y aller. Je ne sais pas si c'est de voir tous les fruits de votre frise mais j'ai une petite faim, moi.Mme Tuvache, en lui ouvrant la porte, la met en garde :–; Ne mangez pas la pomme avant d'avoir fait le tableau, hein ! Ce n'est pas le trognon qu'il faut peindre. De toute façon, vous n'auriez pas le temps.Mishima, assis sur un tabouret au fond du magasin, remue dans une cuvette un mélange de ciment, de sable et d'eau. Alan descend l'escalier en sifflotant un air joyeux. Son père lui demande :–; Prêt à retourner à l'école pour l'après-midi ? As-tu bien fini ton déjeuner et pensé à regarder les infos à la télé ?–; Oui papa. La présentatrice du zournal de treize heures a changé de coiffure. Elle était bien peignée.La mère, les yeux au plafond, intervient :–; C'est tout ce que tu as retenu ? J'en ai le cerveau consterné. Elle n'a pas parlé de guerres régionales, de désastresécologiques, de famine ?...–; Si, on a revu les images des digues des Pays-Bas qui ont explosé sous le dernier raz-de-marée et la plage qui maintenant s'étend jusqu'à Prague. Ils ont montré des habitants de la province d'Allemagne amaigris et nus qui criaient et roulaient dans les dunes. Mêlés à leur sueur sur la peau, en plissant les paupières, les grains de sable brillants ressemblaient à des petites étoiles. C'était irréel mais tout ça va s'arranzer. Ils vont le retirer, le sable.Lucrèce est effondrée :–; Ah, celui-là, avec son optimisme, il ferait fleurir un désert... Allez, file au collège. J'en ai plus qu'assez de te voir toujours gai comme un oiseau des bois.–; Au revoir maman !–; C'est ça, au revoir, hélas...Mishima, près du rayon frais en chantier, remonte une manche de son pull. Sur son avant-bras, il verse de l'eau puis du sable et tourne son membre supérieur sous la lumière des néons en plissant les paupières.Sa femme le regarde :–; Mais qu'est-ce que tu fabriques, toi ?–; C'est un parpaing en ciment muni d'un anneau. Il est fourni avec une chaîne que l'on cadenasse à la cheville. Vous vous mettez au bord du fleuve. Vous le jetez devant vous et, hop, vous êtes entraîné au fond et c'est fini.–; C'est intéressant, hoche de la tête un client moustachu.Mishima se glisse une paume sur le front et la moitié de son crâne dégarni puis il reprend :–; Je les confectionne moi-même ici ou à la cave avec le nom de la boutique moulé en relief sur une face. Passez votre main dessus. On lit Le Magasin des suicides. Ces parpaings servent aussi pour la défenestration.Le client s'étonne. Devant lui, Mishima étire une commissure de ses lèvres qui accentue l'arrondi d'une pommette sous des yeux ronds comme des billes aux sourcils qu'il relève :–; Oui, oui, oui, les parpaings vous rendent plus lourds parce que avant, vous savez, lorsque, par des nuits de tornade ou d'ouragan, des gens au corps léger se jetaient par la fenêtre, on les retrouvait le lendemain en pyjama ridiculement échoués dans des branches d'arbres, accrochés à des réverbères ou étalés sur le balcon d'un voisin. Tandis qu'avec le parpaing Magasin des suicides fixé à la cheville, vous tombez droit.–; Ah.–; Moi, souvent le soir, soulevant le rideau de notre chambre, je les regarde tomber des tours de la cité. Le parpaing à une cheville, on dirait des étoiles filantes. Lorsqu'ils sont nombreux, les nuits de défaite sportive par l'équipe locale, on croirait du sable qui coule des tours. C'est joli.

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