Il est des choses étranges et incompréhensibles dans l'univers. Tenez, prenez par exemple la communauté des fans de comics. Ils se réunissent de manière tribale autour de certains réseaux sociaux et, comme dans toute bonne religion, semblent avoir besoin de liant pour asseoir leur communautarisme. Ainsi, parfois, une œuvre doit-elle faire l'unanimité. Ils se passent le mot, en parlent, le crient sur les toits virtuels de leurs forums, vont regarder les images sur les sites VO et, souvent, sans même avoir lu la chose, hurlent à qui veut bien l'entendre, que cette œuvre, c'est le top du top !
C'est le cas de ce "Magicien d'Oz", adaptation sous forme de comics du roman de L. Frank Baum, par le scénariste Eric Shanower et le dessinateur Scottie Young en 2011. Partout c'est le même son de cloche : "Excellent", "adaptation de grande qualité", "pour les lecteurs de tous âges" et puis, carrément : "C'est un chef d'œuvre !".
J'avoue, après lecture de la chose, ne rien comprendre du tout à cet engouement démesuré. Dans le fond, cette version comics est juste une adaptation plate et linéaire du roman originel. La narration est d'une monotonie totale, et à aucun moment le scénariste ne se montre inspiré d'une quelconque manière. Du coup, le découpage des planches est tellement démuni de trouvailles narratives que les vignettes sont régulièrement complétées de cadres de texte qui racontent l'histoire de façon littéraire, sans aucun parti-pris particulier autre que de retranscrire littéralement les scènes du roman. L'auteur n'utilise jamais les outils de l'art séquentiel dans ce qu'il possède de possibilités narratives propres. Au final, lire une adaptation sous forme de livre illustré reviendrait exactement au même !
Ainsi, l'ennui m'a rapidement gagné en tournant les pages d'une histoire que je me suis souvenu connaitre par cœur, tellement le film de Victor Flemming (
Le Magicien d'Oz) est encré dans mon bagage culturel. Qui plus-est, le recueil regroupe huit épisodes originaux et il est très long. Et paradoxalement, il ne parvient jamais à donner de l'épaisseur à un récit que tout le monde -ou quasiment- connait déjà parfaitement.
Les dessins de Scottie Young font bien évidemment partie du nerf de la guerre des fans de comics dont on parlait plus haut et qui crient ici au chef d'œuvre. Il est très joli, c'est vrai. Dynamique, frais et adorable. Mais là encore il ne suffit pas à justifier cet engouement. Il existe des milliers de bandes dessinées bien de chez nous qui offrent un résultat similaire, et ce sans déclencher l'hystérie collective. Je me souviens par exemple d'un
Santa Claus, la légende du Père Noël assez semblable à ce "Magicien d'Oz" en termes de qualités picturales et scénaristiques, ou bien d'un
Vent Dans Les Saules bien connu sous nos latitudes.
Orull le faiseur de nuages est également très proche dans le même genre d'ambiance.
Par ailleurs, le style très expressif de Scottie Young est rapidement limité à une mise en page là encore très linéaire et exempte de trouvailles narratives particulières, rendant la lecture toujours aussi monotone et répétitive. Quant à la mise en couleur infographique, elle aura fini par m'agacer à force de faire comme s'il s'agissait d'aquarelles peintes à la main ! Pourquoi, dans ce cas, ne pas avoir laissé un peintre s'en occuper ?
Alors que dire ? La tribu des fans de comics s'est mise en marche, et rien ne semble capable de l'arrêter. De ce fait, les fans en question manifestent peut-être leur appartenance à la même famille (ou tribu), dans une volonté apparente de pensée unique. J'ai peut-être tort, mais c'est ce qui m'est apparu après lecture de cette mini-série oh combien vantée, et finalement, à mon humble avis, d'une banalité absolue.
J'ai ainsi lu une adaptation du roman L. Frank Baum qui m'a copieusement ennuyé. Je la recommande éventuellement à ceux qui ne connaissent pas cette histoire, tout en leur conseillant de se tourner plutôt vers le film de 1939. Je m'en retourne du coup vers les comics qui offrent une histoire plus originale et surtout, une mise en forme avec davantage de point de vue et de personnalité, puisqu'il n'y en a pas dans celui-ci (où sont les ellipses ? les voix-off, les flashbacks, les découpages à plusieurs niveaux de lecture, les dichotomies visuelles et narratives qui apportent de la profondeur à certains récits ?). Cette adaptation du "Magicien d'Oz" prendra donc, en ce qui me concerne, la direction du bac à soldes. Merci à la tribu !