L'œuvre la plus grandiose de Shakespeare tant elle dégage une profondeur sur la fameuse maxime "La haine engendre la Haine" ou plutôt "La Haine née de la haine qui engendre la Haine". Le Marchand De Venise se trouve être une fidèle et brillante adaptation de l'œuvre et de la vision de William Shakespeare qui demeure, incontestablement, un Chrétien et tant que telle ses différentes œuvres sont profondément marquées par la
profondeur de la vision Chrétienne - l'amour du prochain - et "Le Marchand de Venise" ne déroge pas à cette règle.
Il est question de nous faire jouer avec nos sentiments par la présentation de Shylock, qui est merveilleusement incarné par
Al Pacino, usurier juif qui va progressivement se laisser dominer par la Haine qu'il éprouve envers les Chrétiens. Haine qui se cristallisera en la personne d'Antonio -
Jeremy Irons - qui est un fidèle ami de Bassano (
Joseph Fiennes). Ce dernier a besoin d'argent pour se présenter sous son meilleur jour et ainsi pouvoir séduire la belle Portia. On y trouve alors une dualité amour/haine qui renforce tout simplement l'effet produit par la haine.
Cependant, dire que cette "haine" se trouve uniquement du côté de Shylock, autrement dit envers le monde Chrétien, serait néfaste et improductif sur l'impact et la vision universel de Shakespeare. La Haine n'est pas unilatéral, mais bilatéral. Elle est manifestement présente dans un monde Vénisien qui produit un double langage auprès des Chrétiens. En effet, dans cette période, il était interdit pour un Chrétien de prêter de l'argent avec intérêt puisque prêter avec profit était l'œuvre du démon. Pour autant, la société Venisienne autorise les Juifs à faire l'inverse et dynamise alors une haine palpable, visible et croissante envers les Juifs. Tout l'intérêt de l'œuvre de Shakespeare est de développer en réalité une haine bilatéral et dont la fin de l'œuvre donnera toute sa résonance envers un message universel qui est bien "La haine née de la haine et engendre la haine" offrant finalement une vision critique de la société qui permet justement le développement de la haine. La fin de l'œuvre résonne avec force puisque Shylock se retrouve devant son ancienne communauté dont celle-ci ne lui versera même pas un seul regard. Shylock qui s'est laissé dévorer par sa haine, haine qui lui a tout enlever aussi bien ses liens avec sa famille que sa réputation et sa propre religion, se retrouve alors seul avec lui-même et devant une autre haine puisque Shylock appartenant, a ce moment, à la communauté Chrétienne.
Cette dualité de la haine est galvanisée par la mise en scène du film puisqu'il nous fera prendre le partie aveugle de Shylock. Le spectateur assistera médusé à l'acte de mépris ultime envers Shylock à savoir le crachat de Antonio. Par la suite et de manière progressive, le spectateur ne pourra qu'assister à la haine farouche de Shylock envers les Chrétiens, développant des sentiments ambivalents pour ce personnage Tragique pour nous renverser de tristesse au double retournement de situations pour ce pauvre Shylock.
Une œuvre puissante et profonde qui est également militante envers un autre rôle de la femme dans la société. A cela, il faut ajouter la profondeur des répliques dont les mots volent et s'entrechoquent avec une puissance indéfinissable qui appuient et servent le message universel de Shakespeare contre le visage de la haine. Simplement Magnifiquement puissant !
Durée : 2h18minutes