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26 internautes sur 26 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
La vérité du mensonge,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le menteur (Broché)
Comme préfigurant son chef-d'oeuvre La Bête dans la jungle, la nouvelle d'Henry James s'ouvre sur les retrouvailles après une absence longue de douze années entre un homme, Oliver Lyon, peintre reconnu et célébré, et la femme qui l'a éconduit pour en épouser un autre, le colonel Capadose dont il ne tarde pas à découvrir l'intrigante et ridicule mythomanie. Si l'espoir n'est permis, l'artiste dans son orgueil d'homme blessé voudrait du moins venger le malheur de son sort en arrachant "un signe" à la femme aimée, l'aveu qu'elle s'est misérablement fourvoyée dans le choix de son époux: « Il serait suprêmement satisfait si elle se contentait de lui faire savoir, même par un signe muet, qu'elle reconnaissait que sa vie, avec lui, aurait été plus belle ». Et pour parvenir à ses fins, Lyon dispose de l'instrument de vengeance le plus redoutable qui soit: son art. Qu'importe dès lors la méchanceté et le cynisme du stratagème à l'oeuvre, puisqu'il s'agit d'assurer le triomphe de la vérité de l'art sur le mensonge de la vie. Mais n'est-ce pas méconnaître la force abyssale de l'amour et le prodige de son aveuglement opposant à la réalité les dénis tragiques qui scellent sa beauté et sa pureté inébranlables? Tel est pris qui croyait prendre...Fable cruelle d'une pénétration et d'une intelligence vertigineuses, doublée d'un jeu kaléidoscopique de l'esprit sur les rapports qu'entretiennent l'art et la vie, le mensonge et la vérité, le texte dessine sourdement l'image de l'artiste grevé d'une blessure secrète que la toute puissance et la maîtrise de son talent ne suffisent à soulager face aux imprévisibles ressources du coeur humain. Du mythomane, de l'amoureuse et de l'artiste, lequel ment le plus à soi même? Henry James est ici au sommet d'un génie qui cultive le paradoxe avec une subtilité telle que le mensonge y brille de l'éclat de la vérité. Vérité poignardée à coups répétés sur la toile et le coeur masochiste du personnage qu'elle viendra implacablement lacérer. Si les coups de pinceau de Lyon "étaient parfois un peu fébriles, tant l'artiste songeait davantage à son coeur qu'à sa main", il y a au contraire sous la plume de l'écrivain Henry James quelque chose de funeste et de criminel: la main n'y tremble jamais. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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