Rédigé durant une période difficile de la vie de Teilhard et publié de nombreuses années plus tard, ce livre réunit soif de connaissance et piété. Il résulte d'interrogations existentielles intenses et montre bien la puissance que partagent plusieurs écrits qui furent accusés d'hérésie: tout en souhaitant respecter le cadre général du christianisme orthodoxe, Teilhard demeure fidèle à sa vision intérieure du début à la fin et, ce faisant, ose marcher sur une corde raide. 'Le Milieu divin' comporte sa part de tensions - entre les activités et les passivités, l'immanence et la transcendance, le sacré et le profane - mais les membres de chaque couple se fondent ultimement l'un dans l'autre. Ce livre profondément éthique complète en quelque sorte les écrits plus scientifiques de l'auteur, et sa force provient surtout de ce pourquoi on l'a critiqué: une considération des activités et des passivités d'une portée universelle, puisque le parachèvement du monde dépasse des intentions exclusivement chrétiennes, bien que les prémisses du christianisme soient évidemment fondamentales pour la pensée teilhardienne (ce qui vaut aussi pour les très belles pages sur le mal et sur la communion par la diminution). La prose de Teilhard, dans une oeuvre aussi religieuse, est animée d'un souffle remarquable.