C'est un livre très intéressant et fort bien écrit. Le style y est alerte et limpide. L'analyse est bien structurée et documentée. Après quasiment 40 ans de vie grenobloise et 6 ans de vie lausannoise, j'ai été content de voir cette analyse de faits et de chiffres, d'usages et de comportements qui éclaircit ce que l'on ressent en ayant vécu dans deux pays apparemment si proches et pourtant si différents. L'ouvrage est d'autant plus plaisant qu'il n'est pas complaisant. Comme le dit l'auteur, la vie en Suisse n'est pas toute rose, mais c'est tellement mieux qu'ailleurs (pour le plus grand nombre de personnes, mais j'ai aussi connu des gens qui ne supportaient pas cette vie et qui sont rentrées vivre en France). C'est un livre à mettre dans bien des mains. Quelques élites françaises et de l'UE sans doute, mais aussi des Suisses qui ignorent souvent leur chance. S'il fallait être critique quant à l'analyse développée dans cet ouvrage, je n'en aurais qu'une : cela serait à propos de l'idée, qui transparaît à de multiples endroits, d'un "génie des habitants" et d'une tradition séculaire de la liberté républicaine. La Suisse telle que nous la connaissons géographiquement ou politiquement est très récente (à peine 180 ans). Il aura fallu l'insistance d'un Bonaparte, de quelques généraux français de l'Armée d'Italie, d'un tsar Alexandre I après l'effondrement de Napoléon pour que la Suisse prenne la substance qu'on lui connaît. Dire que les traditions démocratiques de la Suisse moderne étaient déjà vivaces avant la révolution de 1798 me semblait osé (c'était un système oligarchique et inégalitaire qui n'avait rien à envier aux royaumes voisins).