Présentation en quatrième de couverture : "Un jour tout blanc de neige et de glace, le révérend Baldur Skuggason part à la chasse, fusil à l'épaule, fureur au ventre. Pendant ce temps, Fridrik le botaniste cloue un cercueil, celui d'Abba, handicapée de naissance. Ces trois personnages, la bête féroce, le lettré et la douce enfant vont de façon étonnante mêler leur histoire"
Ce livre est court : 123 pages, et l'action est ramassée, entre le 9 et le 23 mars 1883. Cependant, cette brièveté n'empêche pas de prendre un intérêt subit à cette histoire. Elle se passe en Islande, dans des contrées reculées où la force des caractères forge un destin. On laissera au lecteur la surprise de découvrir quels liens unissent la jeune Abba, le pasteur, Fridrik et la renarde. L'auteur fait en sorte de nous les faire découvrir au fur et à mesure.
Ce livre est poignant à cause du destin d'Abba et non celui de la renarde. Le destin de l'animal rejoint presque celui des légendes nordiques dont on sait les peuples du Nord friands, et qui ont donné lieu à une des mythologies les plus développées d'Europe. Peut-être pourrait-on y voir une résurgence de l'antique légende du Versipèle, cet être fabuleux qui retrouve la peau du loup les nuits de pleine Lune. Ici, c'est la renarde. On peut l'imaginer.
Le destin d'Abba est par contre plus réel, plus humain, et l'on se dit que rien n'a pratiquement changé sur le regard porté sur les handicapés mentaux, et ceux atteints de trisomie, car il s'agit de cela. La seule différence entre la fin du XIXème siècle et notre jeune XXIème siècle est que nous les faisons disparaître dans la blancheur immaculée des hôpitaux avant qu'ils naissent, au lieu de les étouffer à la naissance. Marques cruelles du destin qui rend encore plus frappante et émouvante la scène où Fridrik inhume Abba dans la robe qu'elle a voulue avoir, avec tout son petit univers de plumes d'oiseaux et de plantes.
Un livre touchant, au style simple.