On ne peut que partager ce constat : la fraternité est le parent pauvre du triptyque républicain. Soit dit en passant, l'égalité est en train de la rejoindre au placard, au profit de la pseudo-liberté, celle du renard libre dans le poulailler libre du modèle capitaliste.
L'auteur s'égare parfois un peu dans les détours de sa pensée. Ainsi, les deux premiers tiers du livre sont des prolégomènes à son sujet. Le premier tiers s'attache à définir le sacré, et le besoin de sacré. Le second à démontrer que notre société soi-disant laïque est en fait celle d'une nouvelle religion, les Droits de l'homme. Celle-ci est en perte de vitesse, se heurtant à son universalisme "manqué", tout comme son prédécesseur le christianisme : Elle est le goupillon du sabre de la mondialisation occidentale et se heurte donc forcément aux résistances du tiers-monde.
De ce fait, le dernier tiers de l'ouvrage s'attaque un peu tard à son objet, nous laissant sur notre faim. Principalement, Debray y trace à grands traits les conditions de possibilité de la fraternité : un "fratriarche" primus inter pares, un besoin du secret fraternel, un besoin d'adversité extérieure,un besoin de transcendance.
Il s'agirait en définitive d'abandonner l'humanisme universaliste trop abstrait et rationnel des Lumières, à tout le moins d'y introduire un peu plus de diversité culturelle. En bref, de rassembler ce qui est épars, sans pour autant le fondre au creuset de l'Homme nouveau, projet dont le 20ème siècle a montré les conséquences tragiques. Comment incarner cette fraternité ? Lui redonner un souffle en ces "temps de détresse" ? Les questions restent en suspens.