Le mystérieux docteur Fu Manchu, paru en 1912, est le premier volume d'une série d'une quinzaine de romans consacrée au héraut du Péril Jaune, Fu Manchu. Cet intrépide savant à l'iris vert et à la voix gutturale n'est pas de ces parangons de vertu qui oeuvrent à la cohabitation apaisée des peuples. Affublé de ses brigands dacoïts, il s'emploie à annihiler toute menace pesant sur ses troubles desseins de domination d'un monde occidental qu'il abhorre. Maître absolu des longs baisers venimeux, créature hypnotique à la réputation accablante - «le plus grand mycologue que la planète eût jamais porté » - Fu Manchu pourfend le Bien avec opiniâtreté malgré les maigres contrariétés que lui procurent les interventions de l'élégant Nayland Smith, ruffian et agent secret d'exception, et de son comparse raisonné, le docteur Petrie.
Oeuvre manichéenne par excellence, la présente histoire ne laisse de confronter le maléfique et réactif Fu Manchu à ce vaillant binôme, épargné par le découragement et l'oisiveté en ne succombant jamais aux vapeurs extatiques d'un opium désinhibateur.
L'art de la narration consiste, par ce tome introducteur d'un long cycle, à rendre le chantre du Mal si retors que sa capture tend à relever d'une vague chimère. Et l'auteur, par l'intervention d'un de ses personnages dans l'épilogue, nous prévient que l'histoire peut présenter un goût d'inachevé qu'il convient d'excuser... Ce premier tome, destiné à présenter les personnages, est donc quelque peu décousu et s'apparente davantage à une suite de saynètes qu'à une intrigue savamment orchestrée.
Cela étant, je ne jugerai pas la qualité du cycle consacré à Fu Manchu à l'aune de la modeste qualité du présent ouvrage. Sax Rohmer n'a pas le talent de Conan Doyle mais ce roman, porté par une nouvelle traduction d'une rare qualité, exhale un parfum d'aventure quelque peu savoureux qui masque, à mon sens, le caractère « enfantin » de l'histoire narrée (l'ouvrage pouvant s'adresser à un large public, notamment adolescent).