c'est une tragédie maritime en 5 chapitres, une symphonie dont le principal instrument est l'océan, auquel le grand Conrad nous convie et nous subjugue, un narrateur qui passe de l'omniscient aux nous de l'équipage -comme si celui qui écrit en est un des membres- qui nous décrit et surtout anime les principales têtes qui composent cette équipage, du cuisinier -Podnore- au jeune mousse -Charley-, du capitaine -Allistoun- au matelot fort en gueule, veule et vain -Donkin-, du second -Baker- au marin le plus âgé, laconique et superstitieux -Singleton- ... Et au nègre du navire James Wait dit Jimmy, grand -+1m90-, arrogant, malade imaginaire et dont la présence de dernière minute va chambouler la traversée du Narcisse de Bombay aux Açores -car une semaine avant de débarquer à Londres Jimmy va faire faut bon- .... le roman culmine dans le chapitre 3 au moment où le Narcisse tombe dans une tempête-ouragan au large de Madagascar d'une violence exceptionnelle, notre coeur bat avec les déferlantes gigantesques, la crainte de sombrer, l'obscurité démoniaque, les bruits infernaux, on vibre avec cet équipage dont les individualités apparaissent dans ce combat avec les éléments, c'est tout simplement grandiose, puis le calme revient après avoir passé le Cap... début de mutinerie, quotidien et relation entre ces hommes qui vivent sur cette île mouvante, description de l'arrivée en Angleterre ... bref un grand livre aux images fortes et précises, où l'humain répond à l'inhumain, un voyage qui va à l'essentiel.