« Trois fenêtres grandes ouvertes confirment que la mer existe. Et si elle existe, je suis assise au bord du lit, comme chaque matin, entrain de boire à petites gorgées un café noir et amer, en poudre il y a quelques minutes, et liquide à présent. Depuis combien de temps ai-je commencé cette cérémonie matinale ? Boire du café en contemplant la mer, comme si les vagues étaient des fragments de vie. L'eau est fascination lente, sérénité maximale, effroi curieux qui apaise. Je fais la même chose depuis un nombre infini d'aurores, traverser l'écume, le corps hiératique, tandis que l'âme me susurre qu'elle existe, comme la mer. Comme le mal du déséquilibre. En moi, comme partout sur terre. »
Le Néant Quotidien raconte l'histoire d'une femme cubaine qui s'appela Patrie. Une naissance dans la douleur mais marquante : le Che en personne a posé un drapeau cubain sur le ventre de sa mère au début de l'accouchement. Une naissance sous les meilleurs auspices, sauf qu'à Cuba, il n'y a rien. Rien à manger, rien à faire, rien à voir, aucun espoir : c'est ça le néant quotidien. Vivre à Cuba, c'est vivre sans aspiration et sans attente.
Des rêves, Patrie rebaptisée en Yocandra par amour n'en a même plus. A quoi servent les rêves quand la réalité est faite exclusivement du vide. La Havane pourrait être l'une des plus jolies villes du monde. Ces couleurs et ces tons, j'ai en mémoire le film de Wim Wenders, «
Buena Vista Social Club / Story Of Jazz - Coffret 2 DVD ». La Havane est magnifique, un paradis, mais seulement du coté du touriste où sortit de son hôtel 5 étoiles Grand Luxe, il ne peut y trouver que misère et désenchantement. Ils ont voulus construire un paradis, un enfer s'est créé. L'Eldorado n'est pas sur cette île, malgré sa beauté, sa luminosité et sa musique. Là-bas, c'est simplement tickets de rationnement, pénurie et vide. Là-bas, il n'y a même plus d'espoir.