Ce livre fait désormais partie des "fondamentaux" si l'on souhaite approfondir ses connaissances sur le nazisme, et surtout mieux comprendre ses dialectiques.
D'abord, parce que ce magnifique ouvrage nous raconte comment les nationaux-socialistes " honteux " de leur piètre passé germanique se sont accaparés les Antiquités grecque et romaine - en faisant des Anciens Grecs et Romains des Germano-Nordiques - afin de se construire un passé héroïque dont tout Allemand dévait se sentir l'héritier, mais surtout pour justifier le nouvel impérialisme germanique qui n'était pour eux ( les nationaux-socialistes ) qu'un juste retour des choses, puisque l'Europe, au sens civilisationnel, avait une origine germano-nordique ( selon les Historiens nazis ). Toute civilisation ayant vu le jour en Europe ( et même en Asie ! ) était le fruit d'une colonisation de Nordiques. A ce sujet, le cas d'Himmler relaté dans ce livre est très intéressant. Himmler, comme tout Völkisch aimait ne se limiter qu'à l'Europe du Nord, et pour faire plaisir à un Hitler agacé, décida s'élargir sa « zone » en y intégrant la Grèce et l'Empire romain.
Aussi, parce que ce livre nous montre bien à quel point le Nordisme était diffus dans l'Etat nazi. J'ignorais par exemple que le Nordisme était si présent dans les nouveaux programmes de l'Education Nationale. Ce qui était assez étrange quand on sait que le raciologue HFK Günther affirmait que seuls 10% des Allemands étaient de pure race nordique et seulement 50% de la population drainait du sang nordique dans ses veines.
Néanmoins, je souhaiterais émettre deux reproches :
- Le premier étant la mise en place systématique d'une dialectique de la race nordique quand l'auteur interprète les citations.
En effet, cet essai nous donne l'impression que la "cause nordiciste" était acquise pour tout le monde. Ce qui est faux ! Il y avait de nombreuses personnes allergiques au Nordisme comme Goebbels ou les SA.
A ce propos, les luttes entre partisans de la " race allemande " ( ceux qui se sentaient discriminés par les théories exaltant le grand Dolicho-blond aux yeux bleus ) et partisans de la race nordique sont passées sous silence. D'ailleurs, en 1934, Hitler avait été appelé pour trancher ces discordes. Le même Hitler qui n'était pas un nordiciste ( l'auteur a tendance à le faire passer pour un nordiciste. )
- Le second étant l'oubli d'un chapitre sur ce qui séparait fondamentalement les anticomanes comme Hitler et Goebbels et les Völkischen comme Darré et Himmler. Les deux étaient fascinés par l'Antiquité mais pour des raisons différentes. Pour les premiers, c'était avant tout une question d'esthétisme et une volonté de laisser sa trace dans l'Histoire via des monuments gigantesques "plagiés" des civilisations grecque et romaine. Il ne s'agissait pas de faire ressusciter le passé, mais de s'en inspirer et de le dépasser. Le nouvel Homme étant à venir. Pour les seconds, c'était justement de faire ressusciter le passé. Les Völkischen étaient convaincus que l'Homme du passé est l'Homme idéal, celui vers lequel il faut revenir, de par sa « pureté » et par les pouvoirs « secrets » qu'on lui prêtait volontiers.
Enfin, parce que les citations y sont nombreuses, ce qui lui confère un côté très crédible, mais surtout parce qu'il est très original, personne ne s'étant intéressé jusqu'à ce jour à ce thème-là. C'est un ouvrage très édifiant. Bravo !