"Les dispositifs proposés par les auteurs des années 90, pour faire face aux enjeux qu'ils identifient (Cf: autonomie et expertise des acteurs, environnement fortement concurrentiel, rapidité des innovations, etc.), forment une nébuleuse impressionnante d'innovations managériales, que l'on peut néanmoins essayer d'articuler autour de quelques idées clés : des entreprises maigres travaillant en réseau avec une multitude d'intervenants, une organisation de travail en équipe, ou par projets, orientée vers la satisfaction du client, et une mobilisation générale des travailleurs grâces aux visions de leurs leaders."
"L'entreprise « allégée », « dégraissée », a perdu la plupart de ses échélons hiérarchiques pour n'en plus garder que 3 à 5, mettant au chômage des couches hiérarchiques entières. Elle s'est également séparée d'un grand nombre de fonctions et de tâches en sous-traitant tout ce qui ne faisait pas partie de son caeur de métier, parfois auprès d'anciens salariés qui monté leur propre entreprise (l'essaimage). Ses investissements, elle les fait de plus en plus en collaboration avec d'autres entreprises par le biais d' « alliances » et de « joint-ventures » si bien que l'image type de l'entreprise est aujourd'hui un caeur svelte entouré d'une nébuleuse de fournisseurs, de sous-traitants, de prestataires de service, de personnels intérimaires permettant de variabiliser les effectifs selon l'activité, d'entreprises amies. On dira alors qu'elle travaille en réseau."
"Les auteurs des années 90 mettent bien, comme leurs prédécesseurs, la question du contrôle au centre de leurs préoccupations. Un de leurs problèmes principaux est en effet de contrôler une « entreprise libérée » faite d'équipes auto-organisées et travaillent en réseau sans unité de temps et de lieu. Il n'existe pas une infinité de solutions pour contrôler l'incontrôlable : la seule est, en fait, que les personnes s'autocontrôlent - ce qui consiste à déplacer la contrainte de l'extériorité des dispositifs organisationnels vers l'intériorité des personnes - et que les forces de contrôle qu'elles exercent soit cohérentes avec un projet général de l'entreprise.
La culture et les valeurs de l'entreprise, le projet d'entreprise, la vision du leader ; la capacité du chef d'entreprise à « faire partager son rêve », sont autant d'adjuvants qui doivent favoriser la convergence des autocontrôles individuels. L'insistance mise par ailleurs par les auteurs de management des années 90 sur le client est une façon de faire admettre à leurs lecteurs que la satisfaction du client doit être une valeur suprême à laquelle l'adhésion s'impose (« le client est roi »). Ce dogme présente un double avantage : d'une part, celui d'orienter l'autocontrôle dans un sens favorable au profit puisqu'en économie concurrentielle la capacité différentielle d'une entreprise à satisfaire ses clients est un facteur essentiel de réussite, et, d'autre part, celui de transférer aux clients une partie du contrôle exercé dans les années 60 par la hiérarchie.
On peut ainsi, en schématisant, voir dans le passage du contrôle à l'autocontrôle, et dans l'externalisation des coûts de contrôle, autrefois assumés par l'organisation, sur les salariés et les clients, les traits les plus marquants du management des trente dernières années."
Attention chef d'oeuvre, dont je ne peux cite que quelques pages...