Trois comptes oubliés, non recensés dans l'ouvrage de la collection la Pléiade consacré à l'oeuvre du poète provençal Jean Giono, viennent d'être réédités, après leur publication dès 1924. Trois comptes inspirés, nous explique en avant-propos Mireille Sacotte, par la lecture des "Mille et une Nuits" dans les tranchées de la première guerre mondiale où l'auteur combattit trois années durant.
Avant de lire tout auteur, qui vous déplaît à titre personnel, profondément, il est nécessaire de faire abstraction de cette dimension pour en apprécier à sa juste valeur l'écrit. Ainsi fis-je de Drieu La Rochelle, de Brasillach et pour le coup, concernant cet autre écrivain qualifié de pro-hitlérien par la LICA en 1948 (cf. Simon Epstein
Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, p. 122 à 124), Jean Giono, qu'un autre poète, résistant celui-là, pendant la seconde guerre mondiale, avait voulu faire sauter (la bombe placée devant la porte de son appartement fit long feu), l'admirable René Char (
Feuillets d'Hypnos). - la préface ne mentionne nullement cet aspect essentiel de la vie de Giono - ... mais il est des tabous qui ont la vie dure.
Ces trois contes sont emplis de sucs multiples aux parfums enchanteurs de cette Provence éternelle qui m'est si chère.
"J'étais, petite graine, au milieu d'un bouquet pendu à la porte d'une cabane, dans un pays au-delà des mers. Et voilà que, le soir, à l'heure où le soleil fait flamber de froides flammes rouges à travers les cèdres, un homme passa le seuil. (...)" - début du second conte "Le buisson d'hysope"-
Giono n'est cependant pas Mistral. Il réserve quelques détours de phrases lourds qui m'interdisent de lui donner les 5 étoiles.