C'est toujours avec une fébrilité non dissimulée que j'enfourne un film de David Decoteau dans le lecteur. Quelles vont être les nouvelles mauvaises idées qu'il aura trouvées pour tenter de faire frémir son spectateur ? Je dis bien "tenter". Bon, ici c'est un tout autre genre de frémissement que Decoteau cherche à procurer à un public bien ciblé. En effet, Le Pacte de Sang est un de ses films dans lesquels il transpose à outrance son attirance pour les jeunes éphèbes. La fille sexy qui pose au premier plan de la jaquette induira en erreur le spectateur à la recherche de filles légèrement vêtues courant pour leur vie dans des balancements mammaires ostentatoires. Car si on a quelques scènes de jeunes filles batifolant dans l'eau en bikini, ces scènes ne semblent exister que pour camoufler maladroitement l'homoérotisme omniprésent dans le film.
Et le scénario semble réellement avoir été écrit pour assouvir les fantasmes de Decoteau : un boys band qui est en fait composé de ce qui s'apparente à des vampires (ils boivent du sang, mais sous le maquillage qu'ils arborent, leur peau est grise, c'est donc des vampires gris...) est à la recherche d'un nouveau membre et les trois beaux jeunes hommes en lice pour la place sont accueillis dans la villa du groupe en bord de mer pour la sélection finale, chaperonnés par leur manageuse maléfique, interprétée par Adrienne Barbeau (!). Parmi les trois, il y a Shawn, un rockeur en papier mâché (qui fait apparemment du rock sur une guitare classique...) qui méprise les guignols en carton pâte du boys band et qui est là uniquement parce que sa copine l'y a obligé. Je ne vais pas insulter votre intelligence en vous dévoilant la suite, n'importe quel cerveau reptilien est en mesure de deviner la suite des évènements. On est donc dans la thématique de la confrérie maléfique, chère à Decoteau, notamment dans son inépuisable série des
Brotherhood, malheureusement non distribués en Europe. Scènes de danse, de baignade, de rituels sacrficiels, tout est bon pour ici dénuder ces garçons. Imaginez-vous une scène dans laquelle des plus-ou-moins-vampires sacrifient un homme sur un autel dans une caverne, éclairés par des torches. Vous les verriez habillés comment ? En cape, en habit cérémoniel inquiétant ? Non, chez David Decoteau, ils sont en boxer. Oui, comme toujours, dans ses films, ils ne sont pas en slip ni en caleçon, mais en boxer, ce qui laisse à penser qu'il a un fétichisme particulièrement développé pour cette pièce vestimentaire. On a donc droit aux habituels ralentis sur les torses imberbes.
Entre ces plans de torse, le scénario est comme toujours très maigre, sous la plastique des acteurs, il y a un vide vertigineux, la vacuité du film étant meublée par des séquences secondaires trop longues, reprenant au passage des prises de vue déjà aperçues précédemment. On a droit à un twist final particulièrement navrant et si dans
Final Scream, Decoteau semblait avoir une obsession pour les éclairs, ici c'est la fumée. Je pense que le budget pour le liquide de machine à fumée a constitué le plus gros investissement du film, aussi bien sur le plan créatif que financier.
Bref, c'est d'une nullité absolue, qui prête tout de même à sourire et je me dis que si l'hétérosexuel de base peut se rincer l'oeil et se vider le cerveau devant des films d'action peuplés de naïades hautement sexuées, alors je ne vois pas pourquoi Decoteau n'aurait pas le droit d'offrir ses torchons à un public homosexuel en quête de lobotomie cinématographique.