Les thèmes traités par Jean-Christophe Rufin traitent tous, plus ou moins, de la tentation totalitaire qui emporte une cause ou une idée lorsque ses promoteurs imaginent que l'application forcée réglera tous les problèmes du monde. "Rouge Brésil" était dans cette veine, "glogalia" également. "Le parfum d'Adam" n'échappe pas au dada de l'auteur.
A travers le cheminement de Juliette d'un côté, de Paul et Kerry de l'autre, on suit l'écrivain à la rencontre de la "deep ecology", théorie qui remet en cause la population humaine, laquelle devient source de déséquilibre pour la Nature (vue souvent comme un ensemble vivant autonome et presque douée de conscience). L'auteur pousse les idées de ce courant jusqu'au bout en faisant en sorte qu'un groupe écologiste bénéficiant de moyens donnés par des grandes fortunes, arrive à faire un attentat bactériologique permettant de réduire drastiquement la population de Rio de Janeiro, ville dans laquelle se concentrent des pauvres.
Le scénario semblerait crédible s'il n'était jonché de facilités scénaristiques permettant un peu trop facilement de résoudre les énigmes. Le thriller a ses règles dans lesquelles JC Rufin peine un peu. On sent que ce n'est pas son domaine de prédilection. Par contre, son expérience diplomatique et humanitaire joue à plein dans la description des réseaux et l'addendum figurant en fin de roman est à lui seul aussi palpitant que l'ensemble du roman. Il faut reconnaître à l'auteur une volonté pédagogique en incitant le lecteur à ne pas rester simplement au niveau de l'action romanesque mais à pousser la réflexion un peu plus loin.
En filigrane de ce roman se pose la question de la place de l'Homme sur la Terre, de sa responsabilité comme être conscient, de son comportement vis-à-vis de ses semblables et de la manière dont on peut envisager le développement des sociétés humaines. L'écologie dénoncée dans ce livre est une idéologie qui pousse à l'abstraction et qui ne considère l'Homme que comme une entité numéraire à réguler par divers techniques issues de la doctrine malthusienne. On en voit les fruits "dans la vie réelle" à travers des décisions prises dans les grands organismes internationaux. Par contraste, l'écologie défendue "en creux" par JC Rufin est une écologie dans laquelle l'Homme a toute sa place. C'est plus compliqué, plus long, moins radical, mais plus concret, incarné, même si c'est plus obscur.
Au final, malgré la longueur de la mise en place de l'action et le fait que l'auteur est un peul mal à l'aise dans le pur thriller, c'est un excellent roman qui pousse à réfléchir.