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Quand Ornela Vorpsi dédie ces nouvelles au mot « humilité », inconnu au vocabulaire albanais, elle montre déjà sa façon d'écrire - une virtuose en creux. Tel Vallot- ton dans ses gravures, elle fait pressentir le drame en opacifiant le décor - le poids écrasant de la coutume, du machisme et de la dictature. Il n'est question ici que de préjugés et de rancoeurs, de mâles brutaux et de filles en lutte pour garder leur « fleur immaculée » - pour la vendre parfois aussi. Le père est en prison, pour motifs idéologiques, la mère aussi, mais elle est son seul kapo, et la chrysalide d'Elona-Ornela-Eva accouche d'une belle adolescente avide de fuir des familles s'étripant jusqu'au tombeau : « Vis que je te haïsse, meurs que je te pleure », dit un proverbe local. Brillantes comme des bulles de savon pénétrantes, ces scènes d'une éducation albanaise ont le charme irisé des nouvelles de Salinger : on y parle l'adolescent
Claude Arnaud
LE POINT
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