Voici un livre surprenant, à la fois quelque peu envoûtant et tellement hérissant. D'abord, les quelques belle pépites, les aspects positifs:
Le livre se lit d'un trait, on est pris par la démarche de l'auteur. Le style, quoique un peu alambiqué, est étincelant. Sur le fond, les parties sur l'évolution du judaïsme au long de l'Histoire, et son apport considérable à la civilisation, sont de remarquables synthèses, et méritent à elles seules le détour.
Mais que de scories, de déchets dans cet ouvrage:
D'abord, on peut reprocher à l'auteur un manichéisme accablant: ce qui est beau et bon, est trop beau et trop bon, et ce qui est laid et mal, est trop laid et trop mal. Ainsi, Einstein ou Trotski sont des figures sublimes, alors que Ben Gourion ou Descartes sont absolument lamentables...Bien que l'auteur nous annonce sa vision subjective des choses, de tels contrastes, de tels parti pris irrévocables et sans nuances deviennent peu crédibles.
Ensuite, tout l'ouvrage baigne dans un optimisme béat et un enthousiasme naïf (à moins qu'il ne soit hypocrite), qui là aussi, par excès, ne peut que faire douter de la validité des idées proposées. La raison est dans la mesure, le doute est productif, la foi limite la liberté et la conviction est stérilisante. Comment Alexandre Adler peut-il sérieusement nous expliquer que le régime totalitaire des ayatollahs iraniens ne constitue aucun danger sérieux, que la dhimmitude n'est qu'une protection des juifs et des chrétiens en Islam (a-t-il seulement feuilleté les ouvrages sur ce sujet de Bat Ye'or, qui font référence?), que le communisme et ses dizaines de millions de victimes n'a été qu'un épisode utile de l'Histoire,...
Il y a ensuite une détestation de l'État d'Israel que l'auteur n'avoue pas, mais qui suinte tout au long du livre. Certes, l'auteur n'est pas un anti-sioniste primaire, comme on en rencontre tant aujourd'hui. Sa critique est plus profonde, donc bien plus terrible. Israel a tout faux, non seulement depuis sa création, mais même avant puisqu'il n'aurait pas du être. Adler fait l'impasse totale sur l'agressivité des arabes, qui n'ont jamais accepté l'existence d'Israel (voir la charte du Hamas, ou les 3 nons de la ligue arabe...), sur la culture de la haine chez les palestiniens (voir leurs manuels scolaires, financés par l'Union Européenne), sur l'injustice du sort des juifs des pays arabes, qui ont du presque tous partir en abandonnant tout,... Il a les yeux de Chimène pour les palestiniens, il minimise l'horreur du terrorisme islamiste, d'ailleurs, l'islamisme n'est pas un vrai danger, n'est-ce pas... Bref, c'est Israel qui doit se livrer pieds et poings liés, puisqu'il n'a pas su désamorcer la haine d'extrémismes qui ne veulent que sa mort.
Il y a ensuite un dernier chapitre calamiteux, sur les trois monothéismes. D'abord, il est clair que l'auteur n'a absolument pas compris la faille infranchissable qui sépare l'islam du judéo-christianisme, et ceci dès l'origine. L'islam est une religion totalisante, qui entend gérer et le profane et le sacré, sans laisser à l'homme une once de liberté, et qui se donne explicitement la mission de convertir le Monde entier (la Terre est à Allah). Le judéo-christianisme prépare l'Homme à affronter la vie, ouvre sur la connaissance, libère l'individu, même si à certaines époques, bien révolues heureusement,les clergés, outrepassant les deux testaments, se sont écartés de la voie du progrès. Lire Ellul (islam et judéo-christianisme), Moussali, ou François Jourdan. Ensuite, il y a des lacunes évidentes (à moins, ce serait pire, qu'il n'y ait mauvaise foi), dans les connaissances de l'auteur sur les débuts de l'islam, les pages 186 - 196 sont bourrées d'erreurs, avec, en prime, une apologie de Mahomet digne des pires dogmatiques musulmans: le Djihad ne serait qu'une réaction aux croisades, les événements de Médine (le massacre sur les ordres de Mahomet des tribus juives)sont de la seule fautes de ces dernières qui ont osé ne pas se soumettre, la parenté du proto-islam avec l'hérésie judéo-nazaréenne est oubliée, pour ne retenir qu'une hypothétique influence, de plus en plus discutée, du judaïsme orthodoxe: Waraqa était plus judéo-nazaréen et messianiste que juif rabbiniste (lire Gallez, ou Lagartempe). Jamais Adler ne prend en compte l'extrémisme naturel et revendiqué de l'islam. C'est toujours les juifs qui n'ont pas su s'adapter...Quant aux élucubrations sur Jésus en fin de volume, elles relèvent de la science-fiction (même si la valeur profonde de l'enseignement de Jésus est bien reconnue), de même que l'utopie d'une paix générale entre civilisations et religions diverses, alors que nous en sommes hélas plus loin que jamais...
Au total, les quelques pépites se trouvent noyées sous des masses de scories et de cendres!