M. SJÖWALL est l'épouse de P. WAHLÖÖ. Je le précise parce que ce renseignement pourtant instructif n'est jamais donné par l'éditeur. La série comporte 10 romans publiés de 1965 à 1975. Chacun est préfacé par un auteur actuel de polars, qui explique de façon très personnelle sa découverte de la série.
Un même intérêt pour la criminologie et la face cachée de la société suédoise, exhorte ce couple (elle éditrice et lui journaliste) à raconter une des plus belles séries policières jamais écrites. Je dis bien raconter, car même si chaque enquête peut se lire de façon indépendante, on sent bien que les thèmes évoluent au même rythme que ce modèle suédois, plus complexe qu'il ne paraît aux touristes pleins d'illusions.
Elle s'inspire des « Chroniques du 87e District » de l'américain Ed Mc Bain, qui a inventé le sous-genre Police Procedural. L'enquête est menée par une équipe de police dont l'histoire individuelle alimente la trame dramatique du récit.
La narration semble classique, mais ce n'est qu'une apparence car derrière cette facilité se cache une petite musique qu'on n'est pas près d'oublier.
LE POLICIER QUI RIT est le 4ème roman de la série (1968-préfaces de Jonathan Franzen, Sean et Nicci French).
23H. Un autobus à impériale est mitraillé dans un faubourg de Stockholm. A l'intérieur, neuf cadavres en sang, des voyageurs tranquilles atteints de plusieurs balles, comme si on avait voulu s'assurer de leur mort. Là où ça ne va plus, c'est que l'un d'entre eux est un policier en civil, armé, qui n'était pas de service ce soir là. Drôle de balade quand même.
On retrouve la brigade du commissaire Martin Beck. Dans cette série les choses n'avancent pas vite, les enquêtes se traînent, à cause de l'incurie de certains policiers, à cause du système lui-même. Les interrogatoires semblent ne déboucher sur rien, les témoins n'ont jamais grand-chose à dire. En plus les flics ont leur problèmes, ils sont comme tout le monde, ils n'ont pas toujours la tête au boulot. On est très loin de Sherlock Holmes ou d'Hercule Poirot. On est dans une ville agitée par une réalité sociale, et les auteurs ne veulent pas autre chose, à travers leurs romans policiers noirs, que nous la faire toucher du doigt.
Dans cet opus SJÖWALL et WAHLÖÖ laissent plus de place aux autres inspecteurs. Ils affinent leur personnalité en nous dévoilant des comportements humains, en les confrontant aux difficultés de leurs concitoyens. Chacun à sa manière découvre une parcelle de la vérité.
Cette chronique est un modèle d'observation d'une société en mutation. Grâce à eux, le polar est devenu un genre qui soulève le tapis des apparences.
Ludi